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Marques suisses : Tissot : A l’heure du temps

Charles-Felicien Tissot tient un atelier de montage
de boîtes en or au Locle depuis 1846. La petite ville compte 7 883
horlogers sur 8 500 habitants. En 1853, il fonde avec son fils,
Charles-Emile, le Comptoir Tissot. Cent cinquante ans après, Tissot vit
toujours aux ordres de la famille Hayek, propriétaire de Swatch Group.
A
ses débuts, les Tissot fabriquent à la main plus de mille montres par
an qu’ils écoulent en grande partie en Russie. La mécanisation
multiplie le nombre de pièces, treize mille en 1915. Le comptoir survit
à la Première Guerre mondiale et à la révolution bolchevique. Ils
inventent la montre-bracelet pour les femmes en quête d’émancipation et
partent à la conquête des Amériques.

L’esprit de famille
En
même temps, la manufacture se standardise, elle se concentre sur les
petits calibres. La démocratisation du temps est en marche. Et tout le
monde veut être à l’heure. La précision à des prix modérés devient un
slogan et une réalité. La Suisse livre désormais quatorze millions de
pièces par année.
L’esprit de famille résiste au succès. Le
paternalisme singe les conventions collectives. Marie Tissot (1897 Ð
1980) incarne la mère compatissante envers les ouvrières à l’ébauche et
au remontage. On construit des logements populaires assortis d’une
caisse de pension. L’engagement social est sans faille. Et la fidélité
récompensée, courses d’école et célébrations scandent les anniversaires
et les jours de fête. Dans les années septante, l’introduction du
treizième salaire, de l’horaire libre et l’augmentation progressive des
semaines de vacances entretiennent la fibre sociale de l’entreprise.

La fusion avec Omega
En
1921, la production chute à huit millions de montres. Trente mille
chômeurs battent les rues à la recherche d’un emploi. La faiblesse des
devises étrangères et les mesures protectionnistes des pays
importateurs étouffent l’horlogerie suisse. Le krach de Wallstreet et
la dépression généralisée qui s’en suit lui portent le coup de grâce.
La fusion avec Omega – qui appartient à la famille Brandt de Bienne –
sauve Tissot de la déroute. Mais c’est l’ensemble du secteur qui change
de visage. Il simplifie ses structures, se regroupe et réglemente prix
et monopoles. Le rapprochement d’Omega et Tissot aboutit en 1930 à la
création de la Société suisse pour l’industrie horlogère (SSIH).
L’arrivée de capitaux étrangers et la créativité de Edouard-Louis
Tissot (1896-1977) relancent la machine. La première montre automatique
date de 1944. Encore une fois la guerre n’arrête pas Tissot. Réfugiés
polonais et soldats américains remplacent les clients des pays
belligérants. Puis on franchit les océans dans l’attente de jours
meilleurs en Europe. Le Brésil, friand de montres suisses, achète à
tour de bras la qualité helvétique bon marché.
A partir de 1950,
Tissot adopte le calibre unique. La chaîne de montage s’accélère. On
dépasse le cap des cent mille pièces par mois. L’échec malheureux d’un
modèle synthétique en avance sur les goûts du public, mal vu par les
détaillants qui n’ont rien à gagner d’une montre qui ne se répare pas,
freine cependant son expansion. Alors qu’une nouvelle récession attaque
l’économie mondiale.

La crise
Malgré l’électronique et le
quartz, la crise des années septante ravive les vieux démons. Le
pétrole se fait rare, les exportations tarissent et la concurrence
japonaise durcit la compétition sur les marchés internationaux. On
licencie, on rationalise la production et on abandonne des activités
peu rentables. Les rivalités internes entre les générations enflamment
la situation. Les jeunes s’installent aux commandes. Les appétits sont
faméliques. Il faut redistribuer le pouvoir et redessiner les
organigrammes. On dégraisse encore sur le dos des frontaliers et des
femmes mariées. Tissot perd la moitié de ses emplois. La main-d’œuvre
indigène s’exile remplacée plus tard, à moindre frais, par des immigrés
italiens et espagnols.
Pendant ce temps, rentabilité et bas prix
obligent, l’entreprise délocalise une partie de sa production au
Mexique. Puis viennent l’Italie, Hong Kong, la Roumanie, Singapour et
les Etats-Unis. Fin 1977, une augmentation de capital achève la
restructuration. Mais après une courte période de répit, Tissot
replonge.

Le sauvetage
Le 21 octobre 1980, la presse annonce
une perte de 42 millions. Seule une intervention massive des banques
évite la faillite. Nicolas Hayek, consultant de renom, célèbre ensuite
le mariage entre SSIH et ASUAG, Société générale de l’horlogerie, qui
veille depuis 1931 sur les intérêts de Longines et Rado. La SMH,
Société suisse de microélectronique et horlogerie, voit le jour en
1983. Deux ans plus tard, Nicolas Hayek, avec la bénédiction de la
Confédération et des banquiers, rachète la société et lance la première
Swatch. Juste retour du plastique délaissé trente ans auparavant. SMH
et Tissot, dans la gamme moyenne, battent rapidement tous les records.
Bientôt, ils couvrent 10% de la production mondiale de montres. Swatch
Group achève l’œuvre en 1998. Et s’élance vers une montre intelligente
où le temps s’émiette en fonctions multiples, virtuelles, en réseau.
Avec en prime, l’endurance légendaire des boîtiers Tissot, capables de
se faufiler dans l’estomac d’une vache sans dommages. md

www.hayek-group.com
www.tissot.ch
www.swatchgroup.com

Estelle Fallet, Tissot, 150 ans d’histoire, Swatch Group, 2003.

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