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Télévision et littérature : Rapport aux bêtes de Noëlle Revaz est l’anti-Mayen 1903

icone auteur icone calendrier 5 mars 2004 icone PDF DP 

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Rapport aux bêtes rattrape le Mayen 1903. Ils se télescopent. Pour découvrir leur irréductibilité. Ils s’appellent, mais se repoussent. L’un se reflète dans l’autre, sans le reconnaître. Le Valais, l’alpage, les vaches, tout y est, cependant rien ne se ressemble.
La télévision pastiche le corps et le texte, alors que le livre les sépare. Rapport aux bêtes vit d’une schizophrénie salutaire. Paul, le paysan bourru du récit, farfouille son monde. Il déverse son flot de paroles sans interruption. Pourtant on comprend la difficulté de dire. Le fatras d’émotions résiste à l’injonction psychanalytique, verbalisez ! Paul divague entre l’humain et le bestial. Le récit de Noëlle Revaz travaille au cœur de l’inconciliable.
Mayen 1903 recherchait l’empathie. Les retrouvailles hebdomadaires avec la famille Cerf réjouissaient. L’opération tournait à la nostalgie rassurante. L’isolement traçait clairement les frontières du spectacle. Didactique et documentaire, celui-ci oubliait l’inquiétude d’une paysannerie de montagne blessée à vif par la modernité. Mayen 1903 a décrété la mort de son objet, réduit à la pâle imitation d’une réalité perdue. On était au musée.
Rapport aux bêtes s’ouvre en revanche sur l’arrivée d’un étranger dans l’univers clos de Paul et de sa femme Vulve. L’intrusion de Georges, le Portugais désargenté qui sait parler, déclenche la logorrhée imaginaire de Paul.
La bête commence à raconter. Le chemin cabossé vers la conscience se fraie une voie au milieu de la jalousie et de la violence prête à jaillir contre la femme réduite à fente balbutiante. Le patriarcat mental et social s’effrite. Paul vit une sorte d’épiphanie. L’illusion consensuelle véhiculée par le Mayen 1903, ce bonheur merveilleux de la vie qui faisait écran, se déchire. On aperçoit l’origine et la fin. Comme dans la vision d’Aragon reprise par Jean Ferrat, «La femme est l’avenir de l’homme». Vulve, le petit nom de la femme sans nom, donne la mesure du combat infini entre les sexes, depuis le début et jusqu’à la fin du monde.
Les spectateurs du Mayen 1903 s’émeuvent. Les lecteurs de Rapport aux bêtes ne peuvent que frémir.

Noëlle Revaz, Rapport aux bêtes,
Gallimard, 2002.

www.mayen1903.ch

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