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Edito : La presse quotidienne vit en différé

Les rédacteurs en chef romands condamnent la réorganisation de la distribution des journaux envisagée par La Poste à partir de 2005. Après la hausse des tarifs postaux prévue pour 2004, voilà de nouveaux horaires plus contraignants.
Malheureusement le déficit du géant jaune est têtu, aggravé par la réduction de l’aide à la presse décidée par le Parlement. Il faut faire des économies. La réduction des coûts de transport du courrier en fait partie. Elle passe par la centralisation du tri. Les rédactions devront boucler plus tôt – d’une à deux heures – pour assurer la livraison matinale aux abonnés, proches et des régions plus éloignés. La qualité rédactionnelle pourrait en souffrir et les lecteurs être privés des dernières nouvelles tombées en fin de soirée. Bon nombre de titres, frappés par la baisse des recettes publicitaires, verraient ainsi leur existence compromise, appauvrissant la diversité des médias nécessaire au débat démocratique.
Face à la vive concurrence des distributeurs privés – environs 60% du marché suisse de portage à domicile – La Poste invite les éditeurs à «adapter les processus techniques à une diffusion moderne» et à imaginer des éditions différenciées. Un accord est nécessaire car, si rien ne change, un nouveau renchérissement menace déjà.
Les abonnés sont l’assurance vie de la presse romande, à l’exception du Matin qui écoule huit exemplaires sur dix dans les kiosques. Si Edipresse dispose d’un service de distribution propre, les autres éditeurs dépendent davantage du réseau postal. On comprend le rejet résolu des restrictions annoncées. Même si les concentrations dans le secteur de l’imprimerie affectent également, et sans négociation possible, les délais de fabrication des journaux.
On invoque le droit à l’information pour stigmatiser la décision de La Poste, chahutée à son tour entre service public et rentabilité. Mais on oublie le flux continu de nouvelles déversées par les médias concurrents. La radio, la télévision et Internet épousent le fil incessant des dépêches. Le direct, le temps réel leur appartiennent. Ils garantissent de l’instantané 24 heures sur 24.
La presse, elle, vit en différé. L’immédiateté rêvée, d’un autre âge, lui échappe. Elle arrive fatalement après. C’est une parenthèse, une trêve dans la circulation infinie des événements, et certains lui glisseront toujours des mains. Le commentaire d’une séance de conseil communal terminé bien après minuit fait déjà défaut, aussi bien que l’analyse d’un match de hockey qui a joué les prolongations.
Le reportage, l’enquête et des dossiers thématiques sont les vaccins contre le souci, sinon la frustration, de l’information de dernière minute. L’évolution de certaines publications montre les avantages d’un traitement quotidien de l’actualité calqué sur les magazines hebdomadaires.
L’intérêt public, local ou international, a tout à gagner d’un journalisme qui navigue entre l’agitation désincarnée des médias hertziens ou câblés et le répit suranné du papier et de l’encre. Un bouclement anticipé ne saurait le réduire à néant.

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