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Les analyses VOX incitent à améliorer la formation et l’information des citoyens

Retour sur l’interdiction des minarets

icone auteur icone calendrier 12 avril 2010 icone PDF DP 

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A chaque votation fédérale son analyse VOX de l’institut Gfs de Berne. Les médias se sont faits l’écho fin janvier des résultats de  l’enquête post-scrutin de la votation sur l’initiative anti-minarets, sur la base du résumé à leur intention. Il vaut cependant la peine d’y revenir à partir des résultats complets. La réponse largement positive de l’électorat à cette initiative a constitué une énorme surprise, notamment parce qu’elle avait été précédée par des sondages prévoyant un non. L’analyse proposée par l’institut Gfs permet donc de mieux comprendre le résultat de cette votation.

Contrairement à d’autres recherches qui mettent en avant l’habitat, deux axes ressortent ici plus particulièrement. Tout d’abord, le clivage gauche-droite: les sympathisants de la première refusant largement l’initiative alors que les secondes l’acceptent à plus de 80%.  Ensuite, le niveau de formation: les détenteurs d’un CFC acceptent l’initiative à 76%, alors que les personnes au bénéfice d’un plus haut niveau de formation professionnelle refusent à 52 % et les détenteurs d’un titre d’une haute école à 66%. On retrouve ici des clivages habituels lors de votations sur la politique étrangère (libre circulation des personnes), mais avec une différence significative: les personnes se situant plutôt au centre n’ont cette fois-ci pas soutenu une politique d’ouverture, entraînant un basculement de la majorité.

Avant la votation s’était posée la question de l’attitude des femmes sur cette question (DP 1846). L’analyse VOX apporte une réponse sans ambiguïté: les femmes se situant plutôt à gauche ont refusé l’initiative par 84% (contre 79% pour les hommes de gauche), et ce sont les femmes plutôt conservatrices de droite qui ont soutenu celle-ci à 87% (contre 71% pour les hommes). On notera au passage que seuls 25% des moins de 30 ans ont participé à la votation contre 70% des plus de 50 ans. La volonté d’envoyer un signal contre « l’islamisation » est le motif le plus souvent invoqué (35%) par les partisans de l’initiative. L’inutilité des minarets d’un point de vue religieux, la défense de la foi chrétienne, l’inadéquation aux paysages suisses et l’exigence de réciprocité vis-à-vis de certains pays musulmans sont les autres motifs les plus souvent évoqués.

Cette votation peut être l’ occasion de réfléchir sur les manières de voter. En effet, on peut se demander si les 35% des votants désirant « envoyer un signal » sont bien conscients que le signal en question est désormais inscrit dans le marbre de la Constitution fédérale. Plusieurs indications incitent en effet à se poser la question. On note en particulier que 9% des votants ont cru que la votation portait sur l’interdiction des mosquées (!) et non seulement des minarets. Plus grave, une personne sur sept a approuvé l’initiative contre les exportations d’armes en croyant soutenir  ainsi l’industrie d’armement. Les responsables de l’analyse s’en sont rendus compte en relevant des réponses illogiques données dans ce contexte à d’autres questions. L’étude note aussi que seuls 64% des votants se souvenaient encore de la votation sur les exportations d’armes au moment de l’enquête téléphonique (intervenue dans les deux semaines suivant la votation).

En ce qui concerne la votation sur les minarets, il semblerait que très peu de citoyens aient inversé le oui et le non. Mais ces éléments doivent inciter à la réflexion. Il semblerait qu’une partie des votants ne soit pas toujours consciente de l’impact constitutionnel des décisions, comme en témoigne la litanie des plaintes concernant des questions mal tournées. Quel pourcentage des votants se donne la peine de consulter le texte soumis à votation? Il serait intéressant que les sondages ne se limitent plus à interroger les seules opinions, mais osent faire tomber un tabou en interrogeant sur la connaissance des questions soumises à votation.

Il n’est pas exclu qu’une plus large campagne d’information aurait pu avoir un impact sur les résultats. Et ce n’est certainement pas en laissant se développer une démocratie de communication publicitaire que la démocratie directe va s’épanouir. Le système politique suisse offre des droits civiques élargis: cela implique d’amener aussi les citoyens à une meilleure maîtrise des enjeux. Une réflexion sur les moyens devrait être mise à l’ordre du jour, sous peine de voir le populisme se développer encore plus largement.

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