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Le déclin de la gauche helvétique

Qui trop embrasse mal étreint

Après les élections municipales zurichoises, les élections cantonales bernoises confirment l’érosion de l’électorat socialiste, un phénomène qui a débuté il y a plusieurs années déjà. Alors que la gauche socialiste et verte voit ses magistrats triomphalement reconduits au gouvernement cantonal, elle perd significativement du terrain au Grand Conseil. Au contraire de l’UDC qui peine à conquérir des responsabilités à l’exécutif, mais continue sa progression au Parlement. A signaler, c’est nouveau, que les Verts ne profitent pas du recul socialiste: cette fois, ce sont les Verts libéraux qui en bénéficient, ainsi que les bourgeois démocrates d’Eveline Widmer-Schlumpf. A cet égard, Berne ne fait que confirmer une tendance lourde.

A terme, ce grand écart n’est pas viable. Des magistrats progressistes, même de qualité, ne peuvent répondre aux espoirs mis en eux sans un soutien parlementaire substantiel. Pas plus que des succès référendaires tel que le récent rejet de la réduction du taux de conversion, peut-être prochainement de la révision de l’assurance chômage.

Les propositions de thérapie ne manquent pas qui toutes visent à remettre les socialistes helvétiques dans la course, avec en ligne de mire les élections fédérales de 2011. L’une des plus prisées, en particulier en Suisse romande, en appelle à une meilleure écoute de l’électorat populaire, dont les préoccupations auraient été négligées par une gauche tout à la fois élitaire et idéologiquement molle, parfois même contaminée par les sirènes néo-libérales. Il s’agit de reconquérir cet électorat, largement séduit par l’UDC, en affichant des positions plus clairement à gauche. Les plus radicaux des partisans de cette thérapie vont même jusqu’à préconiser le retrait du Conseil fédéral.

Cette stratégie de durcissement idéologique fait pourtant fi des préférences de l’électorat courtisé. Pour attirer cet électorat – les salariés les moins formés du tertiaire et de l’industrie -, le PS devrait se rapprocher des positions nationalistes sur les dossiers européen, des étrangers et de la sécurité (comme le montrent les graphiques 1 et 2). Tout le contraire donc d’un gauchissement par rapport à la ligne socialiste actuelle. C’est ce que suggère le politologue zurichois Fabio Wasserfallen.

Aujourd’hui socialistes et Verts font cohabiter des revendications social-libérales et conservatrices (cf. graphique 3): l’adhésion à l’Union européenne, une politique migratoire et des étrangers libérale, un intérêt modéré pour les problèmes de sécurité d’une part, et la défense des plus faibles par le biais du maintien des acquis de l’Etat social d’autre part. Or la cohérence de cette conjugaison apparaît de moins en moins évidente. L’équilibre reste précaire entre les intérêts d’un électorat urbain et culturellement ouvert et ceux d’un électorat populaire, que représentent les syndicats, plus soucieux de protéger l’emploi contre le libre marché et la libre circulation des personnes imposés par Bruxelles. Il brouille le message d’une gauche qui perd du terrain face aux Verts libéraux et à l’UDC. L’ambition d’un Peter Bodenmann, président du PSS dans les années 90, de réduire l’extrême gauche à l’insignifiance en réunissant toutes les forces progressistes fût peut-être une erreur.

Alors pourquoi pas deux formations politiques à gauche, s’interroge Fabio Wasserfallen? L’une, social-conservatrice, qui pourrait damer le pion à l’UDC en défendant des positions clairement favorables aux salariés modestes en matière sociale, fiscale et économique. L’autre, social-libérale, qui pourrait mordre sur l’électorat progressiste des radicaux et des démocrates-chrétiens. Ainsi l’électorat aurait un choix clair entre des programmes plus cohérents et la politique antisociale de l’UDC apparaîtrait au grand jour.

Il est difficile d’évaluer l’impact réel d’un tel scénario. Un scénario qui a pourtant le mérite d’ouvrir un débat trop longtemps occulté par la gauche: pourquoi deux formations – socialistes et Verts – dont les programmes se recoupent largement mais qui ne sont pas exempts de contradictions (cf. DP 1852)? Comment résister à la progression constante de l’UDC? Comment attirer une partie de l’électorat de deux formations – les partis libéral-radical et démocrate-chrétien – elles aussi frappées par une érosion durable?

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Discussion

  • Comme les élections régionales italiennes viennent encore de le confirmer, ceux qui sont perçus comme les défenseurs de l’immigration et de la surpopulation étrangère sont durement sanctionnés par les électeurs. Gianfranco Fini, ex-néo-post-fasciste reconverti dans la défense des immigrés, vient encore de l’apprendre à ses dépens.

  • 2
    benoit genecand

    La riche analyse mérite d’être complétée : s’il y a une ligne de fracture évidente entre écologistes et socialistes, c’est au niveau de la croissance économique que l’on devrait la trouver. Toutes choses égales par ailleurs (frontières ouvertes ou fermées, migrations restrictives ou favorisées), un socialiste devrait préférer un niveau de croissance économique plus élevé qu’un écologiste. Est-ce une vision trop 19e? C’est le socialisme à la chinoise : pour équilibrer les tensions sociales, une croissance forte est privilégiée. Les questions d’environnement viennent ensuite, comme une contrainte. Sûr que s’inspirer de la Chine est osé. Sûr aussi que traiter l’environnement de contrainte n’est pas très tendance. Savoir si c’est populaire ou non : et surtout auprès des électeurs moins formés, est une autre question.

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