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La musique, parent pauvre de l’enseignement

Une initiative sur le plan fédéral, un projet de loi vaudois: l’occasion de faire le point

Tous les superlatifs sont permis pour montrer l’importance de la musique. Elle contribue au développement intellectuel et émotionnel de l’enfant. Elle favorise sa socialisation tout comme celle des adultes.

Elle est omniprésente dans la vie quotidienne, mais occupe une place restreinte dans l’enseignement. Le Conseil suisse de la musique, l’association faîtière des sociétés de musique, entend corriger cette anomalie par une initiative fédérale. Le Conseil fédéral propose de rejeter sans contre-projet ce texte soutenu par plus de 150’000 signataires.

Cette décision gouvernementale ne surprend pas. Par maladresse, ou par provocation politique pour obtenir des sous, les auteurs de l’initiative demandent à la Confédération d’imposer des règles à l’enseignement de la musique dans les écoles. Depuis la création de l’Etat fédéral, l’instruction publique est du ressort des cantons. Pour harmoniser les pratiques scolaires, des nuances à cette règle fondamentale ont été apportées il y a cinq ans par une modification constitutionnelle. Sur ces nouvelles bases, l’ensemble de l’édifice de l’instruction publique se reconstruit, du bas vers le haut, par conventions passées entre les cantons. La Confédération peut leur donner force obligatoire. C’est le processus Harmos. En voulant réglementer par le haut l’enseignement de la musique, l’initiative va donc à rebrousse-poil de la réforme en cours.

L’initiative demande également à la Confédération d’encourager la formation musicale. Le Conseil fédéral peut facilement montrer que cette demande est inutile. Elle ferait simplement double emploi avec l’article 69 de la Constitution qui permet expressément un tel encouragement. La très prochaine loi fédérale sur la culture prévoit ce subventionnement.

Le texte du Conseil suisse de la musique entend agir dans le domaine extrascolaire. Il voudrait forcer les cantons à légiférer sur les écoles de musique. Le Conseil fédéral rejette cette contrainte. Elle serait pourtant salutaire. La Suisse compte 400 écoles de musique de niveau, de statut et de financement fort divers. Rien ne garantit la qualité de la formation des quelque 260’000 élèves qui les fréquentent. Le montant des écolages varie fortement, indépendamment du niveau des cours.

Le cas du canton de Vaud est significatif. A l’appui d’un projet de loi, le Conseil d’Etat constate qu’il existe des déserts régionaux dans l’offre de formation musicale. 80% des écoles sont situées dans l’arc lémanique. Les écolages varient du simple au triple tout comme le salaire des enseignants. Bon nombre de professeurs privés vivent en dessous du minimum vital. Le projet de loi vaudois entend mettre de l’ordre dans ce fouillis et contraindre les communes à y participer. L’affaire n’est pas gagnée. Une contrainte fédérale ne serait donc pas superflue, et pas seulement pour les communes vaudoises sourdes à la musique. Car plusieurs cantons n’ont pas de loi encadrant les écoles de musique. Et ceux qui en disposent ont souvent des réglementations et des subventionnements inéquitables.

Si, comme il faut le prévoir, l’initiative échoue parce que contraire au génie fédéraliste de la Suisse, pourquoi ne pas lancer une opération intercantonale Harmos pour les écoles de musique?

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