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Conduite de la politique étrangère: lever l’équivoque UDC

Après le vote anti-minarets, c’est la composition du Conseil fédéral qu’il faut clarifier

icone auteur icone calendrier 7 décembre 2009 icone PDF DP 

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L’enjeu matériel du scrutin sur les minarets était quasi inexistant: trois ou quatre colonnes, repères ornementaux, à insérer quelque part dans un plan de zone. Jamais pourtant ne fut si grande la portée de l’adoption d’une initiative populaire.

La votation a posé, constitutionnellement, le problème de la laïcité, des rapports entre la démocratie directe et le droit international, et – plus banal – celui de nos relations avec le monde musulman. La multiplicité spontanée des réactions et des commentaires, en nombre inégalé, révèle que quelque chose de profond et de grave a été touché.

Pourtant, dans ce large éventail de points de vue, nous n’avons pas retrouvé la thèse que nous défendions dans DP: l’incompatibilité entre la défense de cette initiative-brûlot et des responsabilités gouvernementales. L’UDC ne peut à la fois patronner et soutenir l’initiative et être associée à la conduite de l’exécutif.

Alors que ce parti s’apprête à exploiter «son succès», il faut insister, faire campagne.
 
Les erreurs

Le Conseil fédéral n’avait pas sous-estimé la dangerosité de l’initiative. Elle a été déposée le 8 juillet 2008. Et le 27 août, il publiait son Message, la soumettant au peuple avec préavis négatif, sans contre-projet. Cette hâte, sans précédent, révélait son souci légitime de ne pas laisser le pays exposé à cette machine infernale. Mais à la prise au sérieux du danger n’a pas correspondu un engagement à la même mesure durant la campagne.
 
Le Parlement, de son côté n’a pas fait tout son travail. Il a débattu de la recevabilité de l’initiative. Mais il n’a pas eu le courage de ne pas la soumettre au peuple, ce que demandaient quelques parlementaires de gauche comme de droite. La majorité ne voulait pas prendre ce risque d’impopularité. De toute façon, sondages à l’appui, l’initiative, croyait-on, n’avait aucune chance. Dès lors pourquoi (se) dépenser?
 
Le choix

Au soir du vote, les présidents des partis, soucieux de ne pas apparaître navigant à contre-courant (vox populi, vox dei) ne songeaient pas à remettre en cause la légitimité du scrutin.

De leur côté, les porte-parole du Conseil fédéral peuvent expliquer à l’étranger les particularités de la démocratie directe suisse; ils sont en mesure de démontrer que l’initiative populaire, sur un point sensible, est de nature à favoriser un parti populiste. Mais ils sont dans l’incapacité logique et politique de justifier la participation de ce même parti aux responsabilités gouvernementales.
 
L’UDC affiche clairement son opposition à une politique d’ouverture que souhaite prudemment le Conseil fédéral. Sa ligne politique est sans équivoque. Mais que fait-elle au gouvernement? Le temps de la clarification est venu. On ne peut faire avec ce parti une politique étrangère. Il faut frapper l’UDC d’incompatibilité gouvernementale.

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Discussion

  • 1
    Andre Bossard says:

    Je trouve drôle la réaction des gens au résultat de la votation contre les minarets. Dans une démocratie la volonté de la majorité devrait être incontestable. Bien, la majorité du peuple suisse a approuvé la loi et la volonté de cette majorité est en train d’être nié ou déconsidéré par une minorité de pseudo intellectuels et politiciens soi-disant démocratiques.

    La démocratie messieurs n’est pas ça. Dans une vraie démocratie la volonté de la majorité s’impose et doit être respecté même si ça va contre nos convictions personnelles ou notre volonté.

    Je vous demande donc d’être démocratiques et de si non accepter au moins de respecter la volonté du peuple suisse.

  • Je dirais même plus, les frapper d’incompatibilité nationale, destituer leur conseiller fédéral, arrêter tous ses dirigeants et les envoyer en camps de rééducation, interdire téléblocher et punir tous ses membres et sympathisants.

  • 3
    Alex Dépraz says:

    @André Bossard. Adressez-vous votre reproche à DP? Car je ne crois pas qu’André Gavillet ou un autre rédacteur ait contesté dans un quelconque article le résultat du vote. Nous essayons juste d’en tirer certaines conséquences politiques et institutionnelles, de prolonger le débat. Je peux être plus clair encore : il est incontestable qu’un alinéa interdisant la construction des minarets figure dans la Constitution fédérale. Et qu’il s’agit là de la seule conséquence d’une votation populaire.

  • Si je lis bien votre avis, vous êtes un chaud partisan de l’adage « vox populi, vox Dei »; mais avez-vous, par hasard, assisté à l’émission Infrarouge de la semaine dernière, où nous avons pu assister à un échange entre M. Cohn-Bendit et M. Freysinger? Remarquable, la différence entre les deux interlocuteurs! Quand M. Cohn-Bendit proposa que le peuple revote, M. Freysinger faillit tomber évanoui! Mais il s’est montré bien incapable de répondre à l’objection de M. Cohn-Bendit, qui rappelait l’exemple du peuple allemand majoritairement derrière Hitler dans les années 1933… Avait-il raison, le peuple allemand? Le peuple a-t-il toujours raison? Nous pourrions accumuler les exemples, pris chez nous ou ailleurs, qui montreraient où cela mènerait, le peuple qui a toujours raison. Peut-être aurait-il raison, s’il n’avait pas étémalhonnêtement manipulé par des gens qui m’ont souvent l’air de l’instrumentaliser à des fins qui sont tout sauf morales et qui ne se soucient pas vraiment de ce que l’on ose encore appeler le bien commun.

    Et malheureusement, l’attitude de nos parlementaires semble parfois donner raison à M. Blocher et à ses disciples quand il dénigre systématiquement la classe politique et qu’il sacralise la volonté populaire préalablement « travaillée » par ses campagnes publicitaires et autres; et c’est peut-être cette attitude qui leur a fait manquer le coche lorsqu’il s’était agi de se prononcer contre la validité de cette fichue initiative. Et le plus révoltant dans tout ça, c’est qu’on se réclame des valeurs… traditionnelles, voire même chrétiennes; qu’on mette donc en parallèle les béatitudes – qui manifestent peut-être à l’extrême les valeurs folles de l’Evangile – et les affiches de l’UDC de ces 20 dernières années,l’esprit qui les anime les unes et les autres. N’y aurait-il pas de quoi être soufflé plus que par l’idée de devoir revoter sur cette question par ailleurs idiote, parce qu’elle laissait de côté les vrais problèmes et a généré le climat le plus défavorable à leur saine résolution.

  • Je fais partie de ceux qui ont éprouvé de la honte en première lecture des résultats du scrutin. Cette honte ne m’a pas quitté, car je la considère toujours comme attentatoire à l’honneur et la probité de la grande cohorte des musulmans intégrés depuis des lustres en Suisse.

    En revanche, avec du recul, je me demande si cette initiative n’aboutit pas à un résultat paradoxal. Dans ce scénario, la démocratie n’est pas en cause. Une nouvelle fois, l’UDC n’a pas gagné par sa provocation, car la réponse est en fait éloignée de la question sournoise qu’elle avait soumise.

    La démocratie a fonctionné, et plutôt bien, car les citoyens ont dévoilé quelque chose de fondamental qui lui tient à coeur. Les débats passionnés et les prises de position multiples, variées et parfois contradictoires, avant et après la votation — souvent de personnes habituellement silencieuses et apparemment démotivées — a démontré une vitalité du corps social, perçu précédemment comme amorphe (désertion des urnes, manque d’intérêt pour la vie politique…).

    Il y a peut-être une composante accidentelle dans cet événement, car on peut légitimement s’interroger sur les raisons qui ont conduit le Parlement à laisser passer une votation dont les termes impliquaient la mise en contradiction de la Constitution Fédérale avec nombres de Traités internationaux signés par la Suisse, de surcroît pas des moindres. Que ce serait un «acte manqué» (http://fr.wikipedia.org/wiki/Acte_manqué) collectif que je n’en serais pas étonné.

    Je suis d’avis qu’il convient de mettre une grande valeur au résultat de ce scrutin. À ce titre, il faut impérativement mettre les moyens pour décrypter ce «paradoxe» composé d’intentions trop hétérogènes pour en confier la lecture aux seuls politiques et autres journalistes, aussi éclairés soient-ils.

    Dans cette perspective, il ne faudrait pas se contenter d’interprétations plus ou moins «sauvages» de cette déclaration populaire. D’abord, il y a une distinction fondamentale à opérer: ll’UDC est populiste, le Peuple ne l’est pas. Il serait donc bien plus utile de procéder à un état des lieux qui donne une image plus fine des pensées et désirs complexes qui animent les citoyennes et citoyens de ce pays. L’éloignement existant entre les intentions des représentants élus du peuple par opposition celles des citoyens est révélé par ce vote qui est, en somme, une preuve par l’acte.

    Par conséquent, le Parlement et le Conseil Fédéral seraient bien inspirés de confier à un groupe d’experts neutres — dans la même idée qu’avait été mandaté la «Commission Indépendante d’Experts Suisse – Seconde Guerre mondiale» — le mandat de décrypter ce que le peuple a voulu expliciter par son vote, sans y parvenir puisque, à l’évidence, chacun y va de son interprétation, laquelle évolue selon l’auditoire et le temps qui passe.

    Ce groupe de travail devrait être transdisciplinaire. Notamment aux habituels sociologues, politologues et historiens, des ethnologues et des psychosociologues devraient en particulier y être associés.

    Pour une fois, le peuple serait vraiment écouté et les représentants du peuple plus armés pour assumer leur fonction dans l’intérêt de ceux qui les élisent. Évidemment, le populisme perdrait de son emprise actuelle.

  • Un super groupe de travail pour décrypter ce que la vox populi a voulu transmettre, pourquoi pas. Cela permettrait peut-être de mettre en place une politique, l’interdiction des minarets mise à part?

    On est dans une situation de grippe H1N1. Si l’UDC a été le vecteur de propagation du virus, les anti-corps n’étaient pas présents en quantité suffisante, le corps électoral n’avait pas été vacciné, la raison ne suffisant pas.La pandémie s’est répandue aussi dans la population ne partageant pas les idées de l’UDC.

    Mais quelle est la nature du virus?

    Virus hallucinatoire d’un islam envahissant?

    Notre politique d’immigration ne suffit-elle pas ou alors est-ce un message indirect concernant l’extension future de l’UE à l’est et la libre circulation qui pourrait un jour en découler?
    Notre industrie pharma est forte, pensons aux mesures préventives la prochaine fois.

    Quant à re-voter, non, cela serait catastrophique de remuer le couteau dans la plaie. Seule l’action en justice permettrait de faire porter la chapeau.

    Quant à couper l’accès de l’UDC au gouvernement c’est essayer d’agir contre le vecteur du paludisme mais pas contre le plasmodium. Il y aura toujours assez de marigots pour le développement du moustique. Les moustiquaires sont individuelles et doivent être entretenues.

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