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Les minarets et les exigences de la police de construction politique

Nous le disions déjà avant la votation. Au vu de son résultat, la participation au gouvernement de l’UDC qui a soutenu l’initiative est intolérable

Plus la surprise est grande, plus l’analyste se veut après coup perspicace. Le vote aurait été émotionnel, une réponse à Khadafi, un refus du traitement fait aux femmes dans la pratique de l’Islam, une réaction xénophobe à l’immigration de musulmans. La mise à jour de ces motivations ne change rien à la sanction du vote, qui tient en une formule solennelle: le peuple suisse a décidé.
 
Rarement, avant votation, un sujet a été à ce point couvert par les médias étrangers. Longues et laborieuses seront donc les explications tendant à démontrer que ce vote n’est pas dirigé contre la religion musulmane, ni ne reflète une adhésion fondamentale d’une majorité des citoyens suisses aux thèses de l’extrême-droite.
 
Mais ce qui compte, c’est la leçon à tirer sur le plan intérieur. L’UDC, qui n’a pas lancé l’initiative mais assuré la représentativité du comité de patronage, l’a très officiellement soutenue par un vote quasi-unanime de son assemblée de délégués.

Est-il acceptable que sur un projet aussi sensible, touchant nos relations extérieures, c’est-à-dire l’image que le pays veut donner de lui-même, est-il tolérable qu’un parti se voulant gouvernemental soutienne une initiative irresponsable?

Certes, Eveline Widmer-Schlumpf s’est engagée (bien seule), mais elle ne représente, politiquement, qu’elle-même et quelque cinq parlementaires. Quant à Ueli Maurer, qui l’a entendu?
 
On peut objecter que le score de l’initiative dépasse largement, étant majoritaire, les meilleurs résultats des initiatives UDC. Pourquoi incriminer ce parti si le peuple lui a donné raison? Il serait absous de sa défection gouvernementale par le vote des citoyens. Argument irrecevable. C’est parce que le sujet était à la fois sensible et exposé au regard étranger que la cohésion gouvernementale était une exigence incontournable. Des divergences entre les partis de la coalition que constitue le Conseil fédéral sont concevables, et même naturelles, mais pas sur des points fondamentaux, dont notamment la politique extérieure. Le parti radical, qui soutient l’UDC, le comprendra-t-il en faisant le décompte des dégâts, lui qui se veut proche de l’économie.
 
L’interdiction des minarets pose, sur le plan de la politique intérieure, une exigence de clarification: celle d’un Conseil fédéral expurgé de la participation non fiable de l’UDC.

DOMAINE PUBLIC

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Discussion

  • Mais pourquoi vouloir « démontrer que ce vote n’est pas dirigé contre la religion musulmane? ». Il l’est très clairement. Et il vaut la peine de lire le Coran pour comprendre que le texte fondateur de cette religion est bien plus inquiétant que la Constitution suisse révisée le 29 novembre 2009.

    Contrairement à ce que prétend Ueli Leuenberger, interdire les minarets est un message contre un certain islam, et non contre les étrangers. Il faut se souvenir que les Jésuites ont été interdits en Suisse en 1874.Cette fois, les Suisses ont voulu freiner l’angélisme ambiant au sujet de l’islam et des dérives antidémocratiques de certains de ses leaders.Il vaut la peine d’entendre ces maîtres à penser plus ou moins intégristes donner des leçons de tolérance au monde alors que l’apostasie est interdite dans les pays musulmans. Aujourd’hui, de nombreux pays musulmans ne laissent pas construire d’églises.

  • Je suis de ceux qui ont voté pour l’initiative et pourtant je ne suis pas de l’extrême droite. Le malaise évolue au point où il n’est plus soutenable. Le Suisse, intelligent dit-on, regarde et analyse l’évolution d’une mouvance de par le monde de l’Islam par des faits relatés par les médias. L’Islam modéré, intégré à l’Occident dit-on, se fait très discret avec cette mouvance (pas ou peu de communication à ce sujet). L’attitude du clan Kadafi, les thèses soutenues par des intellectuels de l’Islam sur nos terres justifiant la place de la femme, la charia, la lapidation, etc… ont pesé sur la décision de dire STOP à la construction d’un édifice, aussi beau soit-il, représentant cette mouvance qui va à l’encontre de nos valeurs judéo-chrétienne.

    Certe ma position et celle de mes compratriotes vont à l’encontre de l’image de la Suisse et du tissu économique. C’est peut-être le prix à payer pour garder l’équilibre religieux, ma liberté de penser et celle de mes enfants, petits enfants etc… . C’est aussi un signe au monde islamique modéré de se réveiller et de montrer leur VRAI visage en prenant les mesures nécessaires face à leurs extrêmes et en communiquant sans détour leur prise de position.

    La prise en otage d’intérêts ou de personnes suisses ne fera que renforcer ma perception de l’intolérence islamique vis à vis de notre culture judéo-chrétienne et de notre démocratie. La liberté s’arrête là où elle empiètre sur celle de l’autre. Aujourd’hui j’ai le profonds sentiment que le monde islamique veut nous imposer sa façon de vivre et de penser avec des pressions économiques ou des menaces d’actes de violences. Désolé de ne pas être d’accord avec eux et de l’avoir exprimé.

  • On a de la peine à suivre votre raisonnement. Je croyais que nous vivions en démocratie, système contestable mais qui postule que le peuple a toujours raison et qu’il est souverain. Certains, comme l’autre journal romand de réflexion originale: La Nation, estiment que ce système est mauvais. Mais je croyais que Domaine Public restait démocrate.

    Que DP souhaite un consensus gouvernemental entre les forces politiques avec lesquelles il se sent en accord sur l’essentiel, très bien. Mais poser en loi constitutionnelle non écrite que tel parti, qui a osé soulever un tabou du politically correct et a recueilli pour cela l’assentiment massif de la population, devrait être mis au ban des forces « regimentsfähig » , sous prétexte qu’il aurait nui à notre « image » à l’extérieur c’est y aller un peu fort.

    Que l’UDC et ses campagnes vous déplaisent, c’est normal. Vous êtes adversaires. La question de l’image, ça se discute. Il est probable que le vote d’hier, au contraire, va donner à la Suisse une image très positive dans les opinions publiques internationales, lesquelles sont muselées et privées d’exprimer leurs sentiments légitimes, notamment leur vœu profond d’empêcher l’islamisation rampante du continent. L’aspirationde mettre le holà à la prolifération de signes ostentatoires de domination territoriale par une religion prosélyte étrangère à notre culture, est légitime. L’assentiment de 57.5% des votants le démontre d’une manière indiscutable.

    Ceci pour dire que le motif invoqué pour proposer la mise au ban d’un parti, l’UDC, est intenable en démocratie. Un tel raisonnement ne serait de mise que dans un système institutionnel oligarchique assumé.

    En revanche, la constitution de majorités de gouvernement sur une plateforme programmatique excluant l’UDC est tout à fait concevable. Elle se heurte simplement à des impossibilités, notamment le fait que tous les partis bourgeois, et même le PS, ont besoin des votes UDC pour faire élire leurs conseillers fédéraux. Aucun parti ne peut donc, en pratique, se permettre d’exclure l’UDC du pouvoir. Leur intérêt en cela prime sur tous les arguments de principe aussi nobles soient-ils.

    Ce que vous demandezserait possible mais reviendrait à mettre en place un contrat de gouvernement de centre gauche entre partis centristes et sociaux démocrates. Or ceci n’aura pas lieu parce que ce que DP appelle volontiers la « classe dominante », disons les groupes les plus influents du pays, les grands intérêts économiques, n’en veulent pas.

    Et pourquoi exiger une « cohésion gouvernementale » allant jusqu’à interdire l’expression d’une aspiration profonde et légitime de la population ? Ce serait châtrer la démocratie et cela ne s’est jamais vu. A ce taux là il aurait fallu exclure la gauche du pouvoir plusieurs fois déjà depuis 25 ans.

  • OUI, c’est le fond du problème, et je vais même plus loin.

    Dans une démocratie, nous devons laisser s’exprimer toutes les opinons, même celle des non-démocrates. Et l’UDC, malgré son nom trompeur, n’est pas un parti démocratique, même si son aile agrarienne l’est.

    Donc nous le laissons s’exprimer, mais nous devons combattre ses idées, fondamentalement, sans jamais entrer dans un débat avec eux.

    Cela veut aussi dire de refuser toute participation à un exécutif avec eux, sans concession aucune.
    C’est la seule et unique méthode pour les isoler et les combattre. Tant que tous les partis démocratiques n’ont pas compris cela, la peste brune aura de beaux jours devant elle.

  • @ André Gavillet:

    A bas les intellectuels, de droite comme de gauche. Suivons votre exemple. Restons dans l’émotionnel.

  • Parmi les arguments que nous servent l’UDC et leurs amis on trouve la lutte contre la discrimination des femmes et la négation de toute xénophobie. Mais si on se reporte à la votation sur le suffrage féminin de 1971, on trouve- est-ce un hasard – parmi les cantons qui ont l’ont refusé Uri, Schwyz, Obwald, Glaris, les deux Appenzell, Saint-Gall et la Thurgovie. Ce sont aussi les cantons qui ont accepté l’interdiction des minarets avec les plus hauts scores. Et la naturalisation facilitée des 2ème générations sur laquelle nous avons voté en 2004 a été acceptée par les seuls cantons de Fribourg, Bâle-Ville, Vaud, Neuchâtel, Genève et Jura. Malheureusement cette fois Fribourg et le Jura se sont rangés dans le camp des xénophobes. Cette votation a denouveau permis que s’expriment les voix de ceux qui veulent imposer à toute la population l’image d’une Suisse pure et chrétienne, retranchée derrière ses montagnes, hostile à tout ce qui sonne étranger, y compris l’allemand parlé par les Allemands en Suisse alémanique, dont les habitants adopteraient tous le langage et l’allure d’un adepte du populisme.

  • Après ce vote désastreux, Mr Gavillet revient pour la Xème fois sur la demande d’expulsion de l’UDC du gouvernement. Il ne convainc plus que les déjà convaincus. J’attends de DP une vision moins polarisée et plus originale que celle de l’adversaire UDC polarisé lui sur les « droits populaires » au plus mauvais sens du terme. On est condamné à vivre ensemble alors essayons de trouver des solutions et ne prononçons pas des anathèmes inapplicables.

    En attendant, qui est susceptible d’attaquer l’application de ce nouvel article constitutionnel devant les droits de l’homme?

  • «Une démocratie basée uniquement sur des majorités sans être encadrée par un Etat de droit n’est pas une démocratie, mais une autocratie.» Hannah Arendt

    Ainsi tout est dit! J’espère que ce seront les tribunaux qui auront le dernier mot et décideront si cette initiative est compatible avec notre constitution et le droit de l’homme européen. Comme jadis le droit de vote de femme a dû être imposé aux appenzellois réticents par le tribunal fédéral. Le peuple suisse n’est pas un peuple divin, il peut et a aussi le droit de se tromper et de se laisser induire en erreur par l’hypocrisie d’un parti populiste et par une équipe de xénophobe endurcie! Ce parti fait depuis vingt ans de la démocratie directe un sacrement aux dépens de l’Etat de droit bien plus important pour régler la vie temporelle des être humains de la planète.

    Cette initiative n’aurait jamais dû être portée en votation! Le Conseil fédéral et le Parlement, dominé par la peur d’une extrême droite irresponsable, en sont coupables!

  • Bibi, vous sommez les politiques de « refuser toute participation à un exécutif avec eux (l’UDC), sans concession aucune ».

    Vous préconisez donc de laisser l’UDC gouverner seule? Nul doute que votre suggestion sera vivement appréciée par ce parti.

    Ou alors préconisez-vous un « front républicain » consistant à boycotter systématiquement l’UDC par une alliance systématique de tous les autres. Mais ceci, comme j’ai tenté de l’expliquer, n’est simplement pas possible en pratique, puisqu’en Suisse aucun parti, – vous le voyez bien -n’est prêt à vous suivre sur cette voie. Tous, sans exception, ont besoin de marchander des votes pour continuer de participer au Conseil fédéral. Ceci est vrai en tout premier lieu pour le parti socialiste.

    Comme les partis centristes pour rien au monde ne rompront les accords de connivence intéressée, et de réciprocité, qui les lient à l’UDC, la seule façon pour le PS de suivre votre conseil consisterait à faire le choix résolu de l’opposition. Or le PS a fait semblant une fois, en 1983, d’envisager cette option. On a bien vu qu’il s’y refuse, en réalité, absolument.

    Non, vraiment, avec vos suggestions, je crains que vous ne soyiez, comme on dit, « mal barré »…

  • Helmut, vous appelez de vos voeux le pouvoir des juges. Faut-il vous rappeler que tout projet de création d’une cour constitutionnelle habilitée à dire quelle initiative serait, ou ne serait pas, digne d’être soumise au peuple, sera elle-même sujette à référendum?

    Bon courage…!

  • @RLB : en somme vous punissez les musulmans de Suisse pour les actes commis par Kadhafi, par les pays islamistes qui pratiquent la charia et la lapidation et par les divers extrémistes du monde musulman.

    @curieux : si le peuple « a toujours raison », c’est que vous ramenez la raison à bien peu de chose. La majorité du peuple s’impose ici à une minorité, mais il n’est pas possible d’y décerner un acte de « raison ». D’autre part, il semblerait que vous ignorez totalement l’adhésion de la Suisse à la convention européenne des droits de l’homme (pourtant il y a 50 ans !) : c’est un certain bémol à votre conception plébiscitaire de la démocratie qui rappelle de mauvais souvenirs.
    En Belgique, un parti d’extrême-droite (comme l’UDC et bénéficiant grosso modo du même poids électoral) est laissé à côté de l’action gouvernementale depuis des années. Oseriez-vous prétendre que la Belgique n’est pas une démocratie?

    @Guillaume Barry : où voyez-vous de l’émotionnel dans le fait qu’André Gavillet répète ce qu’il a déjà dit à plusieurs reprises. « Emotionnel », c’est le nouveau mot à la mode?

  • Ouaip, je crois que ne voulez pas réaliser la gravité de la situation politique en Suisse que révèle le vote de dimanche dernier.

    Exclure l’UDC des exécutifs, ce n’est pas leur donner le pouvoir. Il ont 30-35% des voix; peut-être en les mettant dans l’opposition arriveront-il proches de 40%, mais ce n’est pas la majorité.
    L’heure n’est plus à de petits calculs électoraux, mais à celle de faire face à cette gangrène que distille l’UDC « zurichoise* dans la société suisse. Que vous appeliez cela « front républicain » ou autre, peu importe. Oui, je suis pour que tous lespartis démocratiques s’allient contre l’UDC, en respectant leurs divergences fondamentales, qui sont, elles, démocratiques. Et je souhaite vivement, en tant que simple citoyen, que les partis comprennent enfin qu’il est grand temps d’aller dans cette voie.

    Quant au fond de votre argumentation, vous confondez démocratie et déviance vers le totalitarisme (lisez Hannah Arendt) : les droits fondamentaux des êtres humains, comme la religion et ses diverses expressions, doivent toujours être prioritaires, quand ils sont en conflit avec des votes démocratiques. Et le respect des minorités démocratiques est un droit fondamental et inaliénable en démocratie.

  • Dani et Bibi, je comprends votre point de vue même si je ne partage pas votre opinion.

    Concernant l’UDC vous êtes partisan de ce qu’en Belgique on appelle le « cordon sanitaire » contre le populisme du Vlaams Blok, parti qui a été interdit puis s’est reformé aussi fort qu’avant sous le nouveau nom de Vlaams Belang. Ou alors vous souhaitez qu’on mette à l’écart l’UDC comme on le fait avec le Front National en France.

    Si vous voulez qu’on fasse de même en Suisse envers l’UDC, et c’est clairement votre discours, c’est votre droit. Je pense simplement que vous n’y parviendrez pas et je me contente d’expliquer pourquoi, en relevant les différences existant entre la situation politique suisse et celle de pays comme la France ou la Belgique.

    Dans ces pays il a été possible d’installer un « cordon sanitaire » contre certains partis, bref de les exclure du champ du pouvoir. Or cela n’est pas possible en Suisse avec l’UDC, ce parti dont vous qu’il est autant d’extrême droite que le Front National ou le Vlaams Belang (c’est votre appréciation, elle me paraît fausse mais je ne la discute pas).

    Là où votre raisonnement pèche c’est que vous oubliez plusieurs différences essentielles:

    – la construction historique du système suisse, dont la démocratie semi-directe est la pierre angulaire par la volonté des démocrates radicaux du XIXe siècle. On peut appeller ça « démocratie plébiscitaire » mais il aurait fallu le dire aux progressistes qui ont mis en place ce système aux alentours de 1874. Depuis lors le système est entré dans les moeurs. Les gens y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux et les gens ne voudraient pour rien au monde y renconcer. Il est donc, que vous le vouliez ou non LEGITIME.

    – l’UDC est non un simple mouvement poujadiste protestataire, mais un parti gouvernemental depuis 80 ans, ayant à ce titre tissé des liens de réciprocité étroits avec TOUS les autres partis gouvernementaux: PDC, PRD et PS.

    – l’UDC a une masse critique qui le rend incontournable, avec un groupe parlementaire d’une soixantaine de députés votant avec discipline. Rien ne peut se faire sans lui car, pour établir des majorités durables hors de lui, il faudrait passer à une sorte de coalition de centre gauche, ce dont les détenteurs du vrai pouvoir – économique – qui ont barre sur les partis du centre et même, en partie, sur le PS, ne veulent pas.

    C’est pour ces raisons DE FAIT, qui n’ont rien à vois ni avec mes ni avec vos opinions, qu’il est – en pratique, pas en théorie – impossible de « laisser l’UDC à côté de l’action gouvernementale » comme le souhaiterait Dani.

    Je ne fais que constater des faits.

    Si la voie que vous préconisez était praticable, alors pourquoi le PS – qui a les mêmes vues grosso modo que DP – ne le fait-il pas?

    Il le ferait volontiers, mais pour cela il aurait besoin des partis du centre. Avec seulement les Verts le PS est impuissant, la gauche étant minoritaire. Or les partis du centre ne le suivent pas sur cette voie, ayant besoin des voix UDC au parlement pour maintenir leurs positions acquises et donc leur existence politique.

    Donc c’est la quadrature du cercle.

  • @curieux:

    Je n’ai nulle part dit que j’étais partisan du « cordon sanitaire »; c’est vous qui me mettez ces propos dans la bouche.

    Je me suis simplement permis de réagir à l’assertion suivante de votre part : « Ceci pour dire que le motif invoqué pour proposer la mise au ban d’un parti, l’UDC, est intenable en démocratie. Un tel raisonnement ne serait de mise que dans un système institutionnel oligarchique assumé ».

    Vos nouvelles explications se tiennent, mais la précédente était intenable, et c’est d’ailleurs pour cela que vous en changez. A moins, bien sûr, de considérer que la Belgique est un « système institutionnel oligarchique assumé ».

    Vous seriez donc bien aimable d’exposer vos idées sans inférer celles des autres.

  • @curieux

    Votre analyse est pertinente, rationnelle, très suisse je dirais (sans connotation péjorative).
    Je n’aimerais pas monopoliser le site de DP, alors je serais le plus bref possible : une « erreur », une remarque et une suggestion.

    L' »erreur » :

    Dire que l’UDC a 80 ans est juste, mais mettre dansla même analyse l’UDC de son origine jusqu’à celle d’il y a 15 ans environ, et l’UDC actuelle est un sophisme.

    L’UDC traditionnelle, encore présente dans certaines régions rurales aujourd’hui, est un parti conservateur, souvent réactionnaire, mais autant démocratique que les autres grands partis, dits nationaux. La très grande majoritée de l’UDC actuelle, sous l’impulsion de la clique zurichoise bien connue, est en revanche devenue un parti totalitaire : ne pas le reconnaître, c’est fermer les yeux, se boucher les oreilles et se pincer le nez en même temps.

    La remarque :

    l’espoir fait vivre. Vous êtes hyper-réaliste, presque cynique, alors laissez-moi, laissez-nous place à l’espoir que quelque chose de fondamental puisse enfin changer en Suisse.

    La suggestion :

    elle est de François Gross – qu’on peut rarement accuser de gauchisme -, et j’y souscris pleinement. Il l’a écrite aujourd’hui dans une chronique du quotidien Le Temps, à propos du Conseil fédéral actuel :

    « Pour stopper la machine à décerveler, il s’impose de changer l’équipe qui a perdu. »

    Pour moi, c’est cela « Trancher le cercle ».

  • Dani. Vous n’avez pas utilisé l’expression « cordon sanitaire » parce qu’apparement vous ne la connaissiez pas. Pourtant c’est très connu et il s’agit de la politique menée par l’establishment politique belge pour isoler, marginaliser, diaboliser, mettre à l’écart et neutraliser le Vlaams Belang.

    Pour votre information, vous pouvez consulter ce lien, par exemple: http://fr.wikipedia.org/wiki/Cordon_sanitaire_(politique_belge)

    Je pense en effet que la Belgique, comme la France, est un régime oligarchique assumé, dans lequel la voix des citoyens n’est pas prise en compte. Tout tourne dans le circuit fermé d’une classe politique déconsidérée mais inamovible. C’est la culture politiques des pays de l’Union Européenne puisque tous ces pays sont des provinces de l’Europe Bruxelles, où tout se décide, de sorte que les votes des citoyens dans les différents pays n’ont plus aucun sens. (C’est pourquoi je souhaite que la Suisse reste en dehors de ça.) Exemples flagrants: l’adoption au forceps du traité de Lisbonne, véritable coup d’état oligarchique. Nomination (et non pas élection) de van Rompuy et la baronne Ashston pour diriger le continent. Ca s’est passé entre la poire et le fromage, lors d’un dîner de 27 chefs d’Etat et de gouvernement !

    Bibi: je suis plutôt flatté par votre qualificatif « hyperréaliste ». Je m’en voudrais de décevoir votre espoir de « trancher le cercle ». Je pense que la classe politique suisse désire profondément faire ce que vous souhaitez, c’est à dire soit un cordon sanitaire soit un front républicain. Le putsch du 12 décembre 2007 c’était ça, la tentative de ça, de la marginalisation de l’UDC. Seulement cette politique, en Suisse, est inopérante, à cause de la concordance imposée par la démocratie semi directe. Dans les régimes parlementaires ne connaissant pas la démocratie directe, ces procédés oligarchiques permettent d’exlure un parti ayant jusqu’à 20-25% des voix, mais pas en Suisse. Pour l’UDC, d’ailleurs, on peut se demander, si elle se maintient au niveau actuel voire progresse, si elle n’a pas de toute façon atteint une masse critique qui dans n’importe quel pays la rendrait incontournable.

    Dire que le PAB de Minger avant guerre était moins à droite que l’UDC actuelle, c’est une affirmation osée. Je pense qu’il était un cran plus à droite en réalité, dans l’esprit rural anti moderne et archi conservateur de Jeremias Gotthelf. Si l’aile « bernoise » a pu récemment être jugée plus modérée que l’aile zuricoise, c’était en réalité uniquement du à des questions de susceptibilités personnelles, M. Samuel Schmid ayant été fait conseiller fédéral uniquement dans le but de « trancher le cercle » c’est à dire pour nuire à Blocher. Comme il était attaqué par la tendance majoritaire du parti, les Bernois se sont solidarisés avec lui, contre l’aile zurichoise. Ce n’était pas pour des raisons de programme. L’ex PAB a les tripes très à droite. En revanche il est vrai que le « parti démocratique » dont provient les familles Schlumpf et Gadient aux Grisons, et qui a fusionné avec le PAB en 1971, n’était pas de droite. Son fondateur le Dr Gadient, grand père de Brigit, votait avec les socialistes à Berne. C’était une scission de gauche du parti radical d’avant guerre, alors que le PAB était une scission de droite. Le cas du PAI vaudois était, je crois, intermédiare, mais vous avez raison, le PAI vaudois n’était pas très à droite.

    Si la fusion de 1971 a uni des sensibilités très différentes, depuis la montée de l’UDC zurichoise, c’est la tendance de droite, dopée par le succès, qui a pris le dessus. Et depuis l’affaire Widmer-Schlumpf les éléments de l’ancien parti démocratique des Grisons ont été mis à l’écart.

    Quelles que soient les évolutions passées, il n’en reste pas moins que la présence du PAB, puis UDC, au CF et dans la cuisine politicienne fédérale, date de Minger. Depuis cette époque elle a été ininterrompue. Ca explique la solidité des relations incestueuses entre ce parti et TOUS LES AUTRES partis gouvernementaux.

  • 17
    Giorgio Zürcher

    1) Je suis d’accord avec André Gavillet sur le faitque devant le reste du monde une cohésion gouvernementale aurait été trés opportune.
    Néanmoins une nouvelle construction politique dans le sens envisagé par l’auteur est probablement plus difficile à atteindre qu’une différente attitude des citoyens vers l’initiative.

    2) Une neutralité bénévole de l’UDC (le maximum qu’on aurait pu obtenir) n’aurait pas renversé le resultat.

    3) Pour repousser l’initiative une campagne efficace pour le NON aurait été nécessaire, donc des moyens financiers. Alors on ne peut pas dire que la faute de la défaite est de l’attitude de l’UDC plutôt que du manque d’initiative et de courage des partis liberaux (liberaux dans le sens américains du terme).
    Il ne s’agit pas d’une facon réaliste de voir le problème. Si on n’a pas eu le courage de s’engager dans cette bataille, il est doutable qu’on aura le courage de jeter l’UDC hors du gouvernement .

    4) Les adversaires de l’initiative sont tombés dans le piège du manifeste: faut-il ou faut-il pas l’inderdire? On aurait du demontrer au gens q’il était irréaliste.

    5) pour le futur il faut modifier l’attitude des polititiens, des milieux culturels et finalement des citoyens envers la question fondamentale: Etat de droit et démocratie (directe). Disons la démocratie comme elle est ressentie par une grande partie des citoyens(surtout en Suisse alémanique), c’est à dire la démocratie au sens étimologique du mot.
    Pour atteindre ce but il est necessaire de faire connâitre la Constitution fédérale aux gens. (les Suisses connaissent leur Constitution comme le catholique moyen connait la Bible).

    6) Quant il y a des initiatives contre l’Etat de droit il faut souligner le fait qu’elle violent un certain article de la CF, et non seulement remarquer qu’il y a une violation de la Déclaration universelle des droits de l’homme ou de quelque convention européenne ou internationale. Le nationalisme – c’est assez normal dans les circonstances actuelles – joue un rôle important en Suisse.

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