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Lait: la révolte paysanne importée

Quand l’Europe s’enrhume, la Suisse tousse. Mais elle pourrait aussi suggérer le remède

icone auteur icone calendrier 11 octobre 2009 icone PDF DP 

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La  machine européenne se met lentement en marche pour tenter d’apaiser la révolte paysanne. Les ministres de l’agriculture ont chargé un groupe d’experts de trouver les moyens de résoudre la crise du lait. Cette décision concerne aussi la Suisse, directement influencée par ce qui se passe chez ses voisins.

Les tracteurs revendicateurs d’Uniterre se sont mobilisés depuis l’été, dopés par les manifestations musclées des producteurs de lait français et allemands. Mais cette contagion par-dessus les frontières va au-delà de la simple imitation revendicatrice. La crise européenne s’attaque au revenu agricole suisse qui devrait baisser cette année de 7,6%. Ce manque à gagner de 235 millions de francs pour les paysans est essentiellement dû à la baisse du prix du lait, directement liée à celle de nos voisins. La Suisse produit plus de lait qu’elle peut en consommer. Elle est contrainte d’exporter. Et il est impossible, sans sacrifices financiers, d’écouler nos produits laitiers excédentaires sur le marché européen où les prix s’effondrent.

Une stabilisation des prix dans le grand marché stabilisera ceux de la Suisse. Bruxelles, une fois de plus, donnera donc le ton chez nous. Mais la chanson n’est pas simple à composer. Vingt pays exigent une nouvelle réglementation  pour combattre la crise du lait. Mais les sept autres, entraînés par les Britanniques et les Scandinaves, estiment qu’il faut faire confiance au marché pour assainir les structures. Ils ont le soutien de la majorité de la Commission et en particulier de la danoise Mariann Fischer Boel, responsable du dossier agricole. Pas question pour eux de revenir sur la libéralisation progressive du marché et notamment sur l’abandon des quotas laitiers en 2015. Les experts ont huit mois pour faire des propositions capables de convaincre à la fois les régulateurs et les partisans du laisser-faire.

Les subventions pour soulager les agriculteurs sont envisageables, mais fort coûteuses. La commissaire Fischer Boel a calculé qu’une amélioration de 3,5 centimes par litre pour les producteurs coûterait 5 milliards d’euros, un montant hors de portée du budget communautaire. Les ministres ont invité les experts à explorer d’autres pistes. Le marché libre a amplement montré, depuis une année, son excessive brutalité. La cohorte des producteurs individuels ne fait pas le poids face aux quelques grands groupes de distributeurs. Un déséquilibre même faible entre l’offre et la demande entraîne une dégringolade des prix. Des «accords contractuels» entre producteurs et laiteries industrielles devraient permettre une évolution plus équitable des prix. C’est un revirement. Tout récemment encore, l’Europe de Bruxelles condamnait de telles ententes jugées contraire à la libre concurrence. Une fois n’est pas coutume, l’Europe s’alignerait donc sur la Suisse. Car, on le rappelle, la stratégie helvétique pour sortir de la crise du lait se base sur une négociation du prix et des quantités entre les fédérations laitières et les grands transformateurs, avec, une fois entente passée, la bénédiction de Berne (DP 1831).

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