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Le PSS, aile gauche de la social-démocratie européenne

Solidement arcbouté sur la défense des salariés et de l’Etat social, le parti socialiste suisse n’échappe pourtant pas à la désaffection des électeurs

A l’époque où ils étaient présidents des partis socialistes suisse et vaudois, Peter Bodenmann et Pierre-Yves Maillard ne cachaient pas leur désir de faire le vide à la gauche du PS. Leur vœu est désormais accompli, à en croire l’étude dirigée par le professeur Andreas Ladner sur le positionnement des partis suisses, comme tels et par rapport à leurs homologues actifs dans les différents pays européens.

Cette analyse comparative, dont le Tages-Anzeiger livre certains résultats en avant-première, révèle en effet que le parti socialiste suisse (PSS) est le plus à gauche des partis sociaux-démocrates d’Europe, avec un profil qui recoupe assez exactement celui de l’allemande Die Linke (La gauche). Créée en 2005 par Oskar Lafontaine avec les déçus du socialisme à la Schröder et les survivants du communisme de l’ex-RDA, cette formation obtenait 7,5% des voix aux élections européennes de juin dernier, alors que la SPD en retenait seulement 20,8%, faisant ainsi le plus mauvais score de la social-démocratie allemande depuis la Seconde Guerre mondiale.

Cette position relativement extrême, le PSS ne la doit pas selon Andreas Ladner à une récente radicalisation de son programme mais bien à une fidélité de longue date à l’égalité et aux libertés fondamentales ainsi qu’à la défense inconditionnelle de l’Etat social dont découle une résistance farouche à toute forme de libéralisation. Deux thèmes sur lesquels Dominique Strauss-Kahn et Tony Blair, pour ne citer qu’eux, ont adopté des positions beaucoup moins catégoriques.

Comment ce PSS si bien profilé à gauche peut-il vivre dans une Suisse qui passe pour le pays des compromis à tout prix et des majorités de circonstances? Grâce au système politique suisse lui-même, en réalité très polarisé, répondent en chœur le politologue Andreas Ladner et le secrétaire général du PSS Thomas Christen. Dont acte.

Cette vision surprenante du fonctionnement des institutions politiques fédérales par un spécialiste qui les enseigne à l’Institut des hautes études en administration publique (IDHEAP) appelle au moins trois remarques.

D’abord, on observe effectivement dans la présente législature une polarisation des positions au Conseil national, produisant les fameuses «alliances contre nature» entre l’UDC et le PSS qui se prononcent dans le même sens mais pour des raisons diamétralement opposées, en particulier sur les questions militaires.

Au reste, l’étalement d’un centre qui gagne en surface mais aussi en mollesse prévient efficacement toute émergence de majorités clairement définies, susceptibles de gouverner en alternance. Le système favorise en revanche les manœuvres tactiques et l’élaboration de solutions longuement négociées avant de trouver aux Chambres fédérales une majorité que le peuple ne se prive pas de remettre en cause par voie de référendum.

Enfin, force est de constater que son positionnement clair, dont se rapprochent les Verts au niveau fédéral tout au moins, ne vaut pas au parti socialiste suisse des résultats électoraux plus brillants qu’ailleurs. La crise y est sans doute pour quelque chose, qui incite davantage au repli qu’à l’expérimentation et tend à confirmer malgré tout l’attribution à la droite de meilleures compétences en matière économique et financière.

Outre cet aspect conjoncturel, une raison plus profonde pourrait expliquer les récents reculs électoraux des socialistes suisses. Le PSS se trouve de fait réduit à l’accomplissement incertain d’une mission de sauvetage des assurances sociales, avec l’aide mathématiquement indispensable d’une partie de la droite. Pas question d’obtenir de nouvelles prestations – les  crèches et garderies faisant exception. Encore moins de songer à une réorientation du système vers la forme pourtant primordiale de prévoyance: la formation jamais achevée à la vie active – et non seulement l’assurance d’une retraite longuement préfinancée. L’expérience du chômage comme «premier emploi» est la plus tristement démotivante qui soit. Seule une formation adéquate peut la prévenir ou donner au moins les moyens d’en sortir sans tarder. Et en outre de faciliter les éventuels changements professionnels ultérieurs. Il incombe dès lors à la gauche non seulement de sauvegarder les acquis mais aussi de persuader les citoyens dont la vie active se trouve bientôt ou déjà derrière eux que, dans une population vieillissante, la formation constitue bien la priorité numéro un pour l’avenir d’une société et la prospérité de son économie.

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Discussion

  • 1
    Paul-André Droz

    Bonjour,

    cet article pose la question de la crédibilité du PS… Or ainsi que vous le mentionnez, celle-ci est fortement écornée par les piètres prestations des autres partis sovialiste européens.
    Les plus importantes atteintes aux droits des travailleurs ou des acquis sociaux en France ont été mises en place sous la responsabilité de M. Jospin. Vous mentionnez également la débâcle de M. Blair…

    Chez nous, ce sont M. Leuenberger, le directeur de la poste et l’ancien directeur des CFF qui ont mis en place les structures permettant une privatisation rapide, pour l’instant future, de ces institutions.

    Puis-je encore accorder quelque crédit que ce soit au PS? La réponse traditionnelle à cette question est la suivante: « Si nous n’étions pas là, ce serait pire! » Belle logique!

    Pour moi, le PS s’est déconsidéré par une pareille manière de faire. J’aurais préféré des démissions motivées plutôt que ces compromissions.

    Cordialement.

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