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La violence encore

La 23ème édition du Festival international du film de Fribourg était une très bonne cuvée

Le nombre de spectateurs a augmenté de 10 % et celui des professionnels – réalisateurs, journalistes, distributeurs, etc. – de 25 %. Ainsi Edouard Waintrop, le directeur artistique, français, a réussi à attirer beaucoup de nos compatriotes d’outre-Sarine.

La réalité du tiers monde nous arrive comme un coup de poing. Beaucoup de films étaient très violents, certains insoutenables, non seulement dans la sélection officielle mais aussi dans les rétrospectives indiennes et brésiliennes. Le film qui a gagné le Regard d’or, My Magic, du Singapourien Eric Khoo, met en scène un père qui s’offre à la torture de pervers pour gagner de l’argent et regagner l’estime de son fils. Le jury des jeunes a récompensé le film Breathless du Sud-Coréen Yang Ik-June, l’histoire d’un jeune battu, qui a vu son père poignarder sa mère et dont le langage se limite pratiquement à des coups de pieds. Deux autres films ont récolté chacun trois prix ou mentions: Intimidades de Shakespeare y Victor Hugo et Ramchand Pakistani. Ramchand (Mehreen Jabbar, Pakistan), c’est l’histoire d’un petit Pakistanais intouchable qui passe la frontière indienne dans un accès de rage enfantine et qui se retrouve avec son père dans une prison indienne. Il échappe à tous les dangers qu’on peut imaginer mais la tension n’en est pas moindre. Dans Intimidades (Shakespeare et Victor Hugo sont des noms des rues qui font l’angle du home où se passe le film), la grand-mère de la réalisatrice (Yulene Olaizola, Mexique) raconte tout au long du film, l’histoire d’un personnage qui a vécu 17 ans dans ce home; il n’apparaît jamais, la tension monte et ce n‘est que dans les 5 dernières minutes qu’on apprend qu’il s’agissait d’un tueur en série.

Mais ce serait déformer grossièrement la réalité de réduire ces films à des démonstrations de violence. Chacun était porteur d’un message humain et social très fort. Et c’est très malheureux de devoir dire que dans tous les pays représentés au Festival (Palestine, Colombie, Brésil, Liban, Inde, Algérie, etc.), la violence est très présente – ou les souvenirs d’une guerre ne sont pas encore digérés – et on ne peut reprocher à personne de s’en préoccuper et d’essayer de contribuer à la paix. Mais on a finalement le sentiment que la violence est tellement omniprésente qu’elle devient la seule réponse.

Le Festival international du film de Fribourg nous a également donné l’occasion de sortir de Bollywood et de voir des films indiens engagés, dans la grande tradition de Satyajit Ray. On aimerait en voir plus souvent. Un des films brésiliens sur le thème des favelas a donné lieu à des discussions houleuses. Troupe d’élite, de José Padhila a été durement critiqué en France et accusé de fascisme par plusieurs journaux. Le public fribourgeois l’a très bien accueilli et le critique de L’Humanité présent a été quelque peu bousculé. Troupe d’élite montre la formation de la police militaire, toujours armée et toujours autorisée à tuer. On voit les épreuves qui amènent les policiers à avoir le courage de tuer mais on voit aussi le clivage social très clair entre les consommateurs de drogue, étudiants bourgeois qui viennent s’encanailler dans les favelas, et les trafiquants qui n’ont guère d’autre ressource que le commerce de drogue.

A noter encore l’absence de l’Afrique, mis à part quelques films nigérians. Selon les experts, la créativité cinématographique de ce continent a été tuée par l’aide européenne qui n’a pas pu s’empêcher d’imposer ses goûts et ses vues.

Chers lecteurs, vous avez peut-être l’eau à la bouche. Mais niet, ne vous réjouissez pas, aucun de ces films – à l’exception de My Magic – ne sera montré en Suisse. Trigon, le principal distributeur de films du tiers monde en Suisse, aussi subventionné par la Confédération, n’était pas présent au festival et le festival n’a montré aucun des films qu’il distribue. Alors que les deux institutions ont les mêmes objectifs et que des synergies sont possibles, on souhaiterait une meilleure collaboration.

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