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Le parti socialiste suisse sous le feu de son ancien président

Peter Bodenmann pratique mieux la critique provocante que l’analyse en profondeur. Une tactique pour attirer l’attention sur le PSS et sur lui-même

icone auteur icone calendrier 17 mars 2009 icone PDF DP 

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Peter Bodenmann passe pour un fin stratège et son parcours politique pour exemplaire. Il permettra qu’on s’interroge. Par exemple sur son choix de devenir «prophète en son pays», comme l’écrivait Domaine Public le 13 février 1997 (n° 1288).

A l’époque il quittait la présidence du parti socialiste suisse, après moins de sept ans, pour se concentrer sur l’événement qu’il avait déjà tenté en vain trois fois de provoquer: l’entrée du premier socialiste au Conseil d’Etat valaisan. Pari réussi. Le 1er mai 1997, Peter Bodenmann devient ministre de la santé, des affaires sociales et de l’énergie. A défaut d’obtenir les travaux publics qu’il convoitait, il s’empare de deux dossiers majeurs: l’autoroute du Haut-Valais et le tunnel ferroviaire du Lötschberg. Et abandonne son siège au Conseil national. Moins de deux ans plus tard, en mars 1999, il démissionne du poste si chèrement conquis, se sentant pris dans un conflit d’intérêts entre promotion immobilière et politique.

Depuis lors, il gère son hôtel de Brigue et occupe ses loisirs apparemment importants à observer d’un œil critique l’actualité fédérale, socialiste et générale et à écrire de sa plume vive et ironique force chroniques et lettres ouvertes, publiées principalement dans la presse alémanique à grand tirage. On le lit notamment chaque semaine dans la Weltwoche, où il partage une page avec Christoph Mörgeli, conseiller national et idéologue de l’UDC tendance Christoph B.

Thème favori de Peter Bodenmann: le PS de l’après Peter Bodenmann. Tour à tour, ses différents successeurs ont reçu leur volée de bois vert: Ursula Koch, Christiane Brunner, Hans-Jörg Fehr et, depuis la semaine dernière, Christian Levrat, accusé de suivisme populiste – en écho aux soupçons des Jeunesses socialistes. Et pourtant, la première année du Fribourgeois à la tête du PSS aura été marquée par un bel effort collectif de réflexion et d’action sur la durée. Il n’empêche. Plus tacticien de l’immédiat que stratège au long cours, Peter Bodenmann s’impatiente: les reculs enregistrés aux récentes élections cantonales d’Argovie et de Soleure montrent que les partis socialistes alémaniques n’ont pas encore surmonté le grave échec subi aux élections nationales d’octobre 2007.

Plus sévère encore pour ses propres camarades valaisans, «l’hôtelier de Brigue» leur reproche d’avoir limité leur ambition à remplacer Thomas Burgener par la première conseillère d’Etat élue dans le Vieux Pays, au lieu d’oser saisir une occasion unique de renverser l’ancestrale majorité démocrate-chrétienne, rien moins. Le PDC ressort effectivement affaibli des élections cantonales du 1er mars, mais conserve son hégémonie. Du coup, Peter Bodenmann se sent autorisé à pratiquer la provocation ex post, un genre nouveau et plutôt vain.

Plus injuste encore: l’ancien président du PSS reproche à ses successeurs, et singulièrement à Moritz Leuenberger dont il a lui-même accompagné l’élection au Conseil fédéral en 1995, d’avoir négligé la dimension écologique. C’est de toute évidence faux, si faux même que nombre de militants socialistes craignent de voir leur parti se retrouver à la remorque des Verts.

Sur un point toutefois, la critique de Peter Bodenmann est révélatrice, sinon fondée: le PSS ne sait pas valoriser ses efforts ni toujours les prolonger visiblement. Ainsi de l’étude sur les énergies renouvelables commandée au conseiller national bâlois Rudolf Rechsteiner. Son rapport, malheureusement non traduit, a tout juste fait l’objet d’une conférence de presse, d’ailleurs reportée au dernier moment en raison du ixième épisode du feuilleton UBS / secret bancaire. Et puis plus rien. Oubli regrettable évidemment, mais produit typique de la machine à broyer pêle-mêle les bonnes idées durables et les bulles momentanément gonflées, qui fonctionne aussi bien sous la Coupole fédérale que dans les secrétariats des partis et les salles de rédaction.

Dommage que Peter Bodenmann ne mette pas mieux à profit la distance en temps et en espace dont le gratifie sa retraite politique. Car il aurait, lui, la disponibilité et la force d’assurer le suivi médiatique d’un rapport tel que celui de Rudi Rechsteiner. Mais pour cela, il faudrait que, faisant preuve d’une soudaine modestie, Peter Bodenmann veuille bien descendre de son haut poste d’observation, d’où il distribue souverainement les mauvais points, sans prendre le moindre risque.

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Discussion

  • 1
    R. Lecoultre says:

    Les peuples sont écoeurés et révoltés par cette crise, due à l’imbécilité et à la crapuleriedes grands manitous de la finance et très mal maîtrisée par les grands manitous de la politique.

    C’est le moment pour la gauche d’expliquer clairement les errements des puissants et de rappeler ses priorités de justice sociale et ses vues à longue échéance. Quel dommage que le parti socialiste ne publie plus un journal ou un hebdomadaire achetable dans les kiosques, où les petites gens pourraient aussi exprimer leur déception de l’économie néolibérale et leur colère contre ses abus!

Les commentaires sont fermés.