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Edipresse alémanique: et alors?

Une première analyse à chaud sur le rachat de l’éditeur romand par le groupe Tamedia

On retient un instant son souffle. Edipresse, l’empire Lamunière qui fait la pluie et le beau temps dans la presse de Suisse romande, deviendra zurichois. Le rouleau compresseur alémanique continuerait donc de nous écraser. Mais avant d’allumer  la révolte contre Tamedia, l’envahisseur germanique, gardons la tête froide. Le clan Lamunière n’aliène pas son indépendance par caprice mais à la suite d’une analyse  économique difficile à contester pour qui n’a pas les mains dans le cambouis. La chute des recettes publicitaires est rude en cette période de crise. Et la baisse conjoncturelle ne fait qu’aggraver des causes structurelles qui ne disparaîtront pas avec la reprise. Selon Tibère Adler, directeur général d’Edipresse, l’émergence des médias électroniques change fondamentalement la donne. Par ailleurs, l’arrivée sur le marché des quotidiens gratuits a précipité la pagaille dans le marché publicitaire.

Les grands groupes fixent leur stratégie en fonction du succès de leurs affaires. Nous ne sommes pas actionnaires d’Edipresse et l’avenir du groupe ne touche pas à notre porte-monnaie. Les représentants du groupe lausannois restent, pour l’heure, majoritaires dans l’organe chargé de mettre au point la fusion et Pierre Lamunière  entre au Conseil d’administration de Tamedia. Mais il est déjà acquis que le centre de décision sera effectivement à Zurich. Pas fameux pour l’ego des Vaudois. Mais  la distance géographique entre l’éditeur dominant et l’autorité politique cantonale n’est pas forcément une mauvaise chose. Ce qui importe essentiellement, pour juger de la prise de contrôle par Tamedia est l’impact sur le lecteur. Ce sera d’abord, et essentiellement, la fusion entre 20 Minutes et le Matin Bleu. Personne ne coulera une larme sur la fin de la concurrence entre deux gratuits dont le seul mérite est  d’inonder de papier le sol et les poubelles de nos gares. Quant à l’avenir de la Tribune de Genève, de 24 Heures et du Matin prenons le pari qu’il ne sera pas influencé par la prise de contrôle de l’éditeur alémanique. La barrière de rösti est un pare-feu d’une grande efficacité. Impossible d’imaginer  que l’excellent Tages Anzeiger, le Bund ou la Berner Zeitung puissent faire de l’ombre aux quotidiens francophones. Impossible de croire au pilotage des titres romands par des Alémaniques. Fusion des trois grands titres d’Edipresse pour rationaliser  l’investissement de Tamedia? Ce serait exactement à l’opposé de ce que fait Tamedia en Suisse alémanique. Le groupe zurichois, qui a repris les deux grands quotidiens bernois en difficulté, a conservé les titres existants, simplement pour ne pas faire fuir les lecteurs. On peut certes imaginer  une vaste fusion d’une presse papier aux abois avec un titre unique dans chaque région linguistique de la Suisse. Mais le maintien de l’indépendance d’Edipresse ne parviendrait pas à éviter cette solution extrême et encore improbable.

La Commission de la concurrence devra encore se prononcer sur la fusion annoncée. Elle a toujours béni les regroupements à l’intérieur du marché romand de la presse. On voit mal comment elle pourrait s’opposer à une alliance par-dessus la barrière linguistique.  Et Le Temps dans cette tourmente médiatique? Il est  aujourd’hui propriété à part égale d’Edipresse et de Ringier. Il sera demain entre les mains de deux grands éditeurs alémaniques concurrents. Osons espérer que la cohabitation se fera  sans heurt.

Tamedia, un groupe multimédias

Le groupe zurichois Tamedia, plus que centenaire, a été longtemps essentiellement l’éditeur du Tages Anzeiger, un poids lourd, en tirage et en respectabilité, de la presse alémanique. Il a connu ces dernières décennies une large diversification. Entré en bourse en 2000, Tamedia est maintenant un véritable groupe multimédias.

Sa présence dans la presse quotidienne s’est sensiblement renforcée:  création de la SontagsZeitung et du gratuit 20 Minuten, reprise de la Berner Zeitung et du Bund, mais aussi des quotidiens plus modestes comme la Thurgauer Zeitung, le Thuner Tagblatt. Le groupe édite des journaux spécialisés pour investisseurs, pour agriculteurs. Ajoutons, pour faire bon poids des feuilles gratuites d’annonces et une série de publications locales.

Le groupe contrôle 9 périodiques spécialisés allant de Annabelle à la Revue Automobile, cette dernière publiée en allemand et en français.

La SSR évidemment mise à part, le groupe domine l’audiovisuel zurichois et bernois avec Tele Züri, Tele BärnRadio 24 et Capital FM.

Sur la toile Tamedia gère 7 sites allant de l’information spécialisée à la bourse de l’emploi ou de l’immobilier.

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Discussion

  • 1
    Jacques Guyaz

    Le papier d’Albert Tille est excellent. L’indépendance de la presse romande n’est bien sûr pas du tout en danger. Une plus grande distance géographique et culturelle entre les autorités politiques de nos cantons et les propriétaires des journaux régionaux pourrait même se révéler bénéfique.

    En fait le principal problème est celui de la perte d’un centre de décision important pour la ville de Lausanne. En Suisse romande il y avait une sorte d’accord implicite, d’équilibre des forces entre Genève et Lausanne. Aux gens du bout du lac, la télévision et un grand quotidien national, « Le temps », à Lausanne, la radio et les centres de décisions de la presse écrite romande, Edipresse et Ringier Romandie. Avec la disparition d’Edipresse et le possible transfert à Genève des centres de décisions de la SSR pour la radio, c’est une eprte de substance évidente pour le chaf lieu vaudois.

    Ce qui distingue une cité de province d’une capitale, c’est justement cela: l’absence de lieux de pouvoirs. Et si cette perte a lieu dans le domaine des médias c’est toute la vie intellectuelle de la cité qui peut s’en ressentir.

  • 2
    Pierre Thomas

    Je ne partage guère l’analyse d’Albert Tille sur cette délicate question. Mon très estimé confrère voit avec un bel optimisme le verre à moitié plein. Pour ce qui est de l’autre moitié, voici trois gros bémols:

    1) les deux entreprises (TA Media et Edipresse) ont annoncé que leur mariage leur permettra d’économiser 30 millions de francs l’an. En dégraissant le management? En économisant des coûts industriels?

    2) ou en faisant pression sur les journalistes? Sur ce front, TA Media fait partie des éditeurs alémaniques qui refusent une convention collective (qui n’est plus en vigueur), alors qu’Edipresse est au bénéfice d’un «accord interne» plus généreux que la Convention collective romande (CCT), heureusement sauvegardée, même si elle a dû être négociée à la baisse dans sa dernière version (et je me souviens que l’excellent Albert Tille avait trouvé que ses confères s’étaient mal défendus face aux éditeurs romands!)

    3) à Berne, la question de la double survie de la BZ et du Bund est loin d’être résolue. Le premier, quotidien des champs, s’oppose au second, quotidien de la ville. Ils sont déjà sous le même toit, imprimés par les mêmes rotatives. Et Berne est la seule ville de Suisse où subsistent deux quotidiens locaux d’importance (ni Le Temps, ni Le Courrier ne prétendent jouer ce rôle à Genève, pas plus que Le Matin orange à Lausanne). Jusqu’à quand? Et avec quelle rationalisation? Même le rédacteur en chef du Bund s’attendait au pire…

    Derrière chaque concentration se profilent des pertes d’autonomie, d’emplois, de richesse culturelle… surtout en période de crise économique.

    Les confrères qui le souhaitent peuvent venir en débattre mardi prochain 17 mars, dès 11 h., au Buffet de la Gare de Lausanne, Salle des Cantons, à l’assemblée annuelle d’impressum-vaud (réservée aux membres d’impressum).

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