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Crise: glâné sur Alternatives économiques et la NZZ

Pour qu’une taxation forte des très hauts revenus soit efficace, il faut mettre fin aux paradis fiscaux et autres tactiques pour attirer les riches

Dans un contexte de croissance économique soutenue, les rémunérations extravagantes des dirigeants des grands groupes industriels et bancaires n’ont que trop rarement suscité la critique. Pourtant les arguments à l’appui de tels salaires – la concurrence sur le marché des cadres supérieurs serait féroce – ne tiennent pas la route (DP 1738). La crise financière et économique a soudain ouvert les yeux des autorités, d’autant plus que les managers, malgré les mauvais résultats de leurs entreprises, ont continué de bénéficier de traitements pharaoniques ou d’indemnités de départ gargantuesques. Aujourd’hui la fixation de plafonds pour limiter l’appétit insatiable des directions d’entreprise est partout à l’ordre du jour. Cette revendication sert même d’exutoire commode à la colère populaire face à la déconfiture financière et économique actuelle.

L’économiste Thomas Piketty, dans Alternatives économiques, ne croit pas à l’efficacité d’un plafonnement des rémunérations. Il est trop simple de contourner une telle mesure par le biais de versements effectués au travers de sociétés écrans, de filiales ou de sociétés de conseil. Seule une taxation forte des très hauts revenus peut décourager les managers prédateurs. Thomas Piketty rappelle que Franklin D. Roosevelt, élu à la présidence américaine en 1932, a fait passer le taux d’imposition marginal de 25 à 63%, puis 79% en 1936 et 91% en 1941, un niveau qui a subsisté jusqu’en 1965 pour la tranche de revenu supérieure à un million de dollars. Ces taux élevés devraient dissuader les dirigeants de se servir dans la caisse de leurs entreprises et d’adopter des comportements à risque qui ont précipité la crise actuelle.

* * *

Si la Suisse a urgemment besoin de revoir sa politique en matière de secret bancaire, d’autres places financières n’ont pas non plus les mains blanches. Le correspondant de la Neue Zürcher Zeitung en Grande-Bretagne souligne la position ambiguë de Londres face aux paradis fiscaux (24 février 2004). D’une part, le gouvernement britannique tire à vue sur ces paradis, dans la perspective de la prochaine réunion du G20 qui doit définir de nouvelles règles pour l’économie financière. D’autre part, Londres abrite une armée d’experts qui, grâce aux lois fiscales nationales, aide les entreprises et les particuliers à minimiser leurs impôts et contribue à affaiblir les rentrées fiscales d’autres pays.

Les autorités britanniques ont combattu avec vigueur toute harmonisation fiscale formelle au sein de l’Union européenne et tolèrent l’évasion fiscale par le biais des territoires d’outre-mer contrôlés par Londres. Elles offrent également un traitement fiscal privilégié aux investisseurs du private equity et aux hedge funds: les bénéfices résultant de la revente d’une entreprise après restructuration sont considérés comme des gains en capital et non comme des revenus et imposés à un taux de 18% seulement. Enfin jusqu’à très récemment, la Grande-Bretagne attirait les riches étrangers en n’imposant que leurs revenus acquis sur l’ìle.

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