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Vote électronique: un usage risqué pour un avantage démocratique restreint

Il y a mieux à faire de l’Internet: la votation genevoise prend le problème par le mauvais bout

Le 8 février prochain, le corps électoral genevois dira s’il accepte l’exercice du droit de vote par l’Internet. Entre 2003 et 2006, le canton a multiplié les expériences, sous la houlette et avec l’aide financière de la Confédération. Il s’agit d’introduire maintenant ce mode d’expression civique dans le droit ordinaire.

A première vue, l’intention ne peut que séduire. Pourquoi négliger un canal d’expression qui promet de faciliter la participation civique? Les sceptiques pointent du doigt la sécurité du vote. On connaît les failles des systèmes de paiement électronique. Si des pirates parviennent à piller des comptes bancaires, pourquoi ne seraient-ils pas capables de détourner des votes? Et, problème plus grave encore, la traçabilité du vote n’est plus garantie. Finis les contrôles par des citoyens jurés lors des opérations de vote et de dépouillement. Dorénavant ces contrôles seront délégués à des experts en informatique. Finis le recomptage des voix en cas de résultat incertain, puisque le vote électronique est dématérialisé. De plus l’évolution constante de l’informatique exige une mise à jour permanente et coûteuse des systèmes de sécurité. La méfiance d’une grande partie de la communauté informatique à l’égard de ce projet ne rassure pas.

Le doute quant à l’efficacité de cette modalité de vote est également permis. Vu la complexité des opérations à exécuter – introduction de codes d’identification interminables –, le vote par correspondance, simple et rapide, restera dominant et aucune des expériences de vote électronique – au-delà d’une curiosité initiale – n’a suscité une augmentation significative de la participation.

Pourtant l’intérêt de l’Internet pour la participation démocratique est indéniable. Non pas tant pour le vote que pour les débats qui le précèdent. L’interactivité que permet ce médium pourrait profondément transformer et élargir la traditionnelle procédure de consultation en matière législative. Et l’exercice de la démocratie directe serait stimulé par la possibilité de signer électroniquement référendums et initiatives. Le projet de vote par l’Internet a englouti des sommes considérables et focalisé l’intérêt des autorités, au détriment des possibilités nouvelles de participation des citoyennes et des citoyens offertes par cette technique. Comme le note le président du Groupement des utilisateurs Linux et des logiciels libres (GULL), «on a pris le problème par le mauvais bout».

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Discussion

  • 1
    notsoft says:

    Je suis affligé de lire autant d’idées rétrogrades dans un seul article: que de préjugés sur les informaticiens et quelle manque de confiance envers les nouvelles technologies! Bravo M.Delley. Si je prenais votre article à la lettre, l’ebanking semblant si dangereux et faillible, je pense qu’il ne resterait plus aucun denier sur nos comptes en banque … Un peu de pragmatisme: il existe des moyen de sécurisation assez simple et conviviaux, pouvant être compris par la majorité de la population. Maintenant si vous préférez vous lever les dimanches matin pour aller voter, libre à vous, moi je resterai au lit, près de mon ordinateur …

  • 2
    Dani says:

    @notsoft :

    Moi aussi, je dors le dimanche matin : mon enveloppe part avec la poste ou je la dépose en passant dans la boîte aux lettres communale.

    Mais pourquoi ces dépenses pour le vote électronique? Les avantages sont extrêmement minces, les inconvénients (contrôle confié aux spécialistes par ex.) sont assez substantiels…. A part suivre le mouvement de mode du « tout électronique et internet », quelles sont les raisons sérieuses de voter sur internet? Toutes celles qui ont été évoquées sont de l’ordre de la cosmétique…

    Etre moderne, c’est adopter des changements qui représentent réellement un progrès, pas « changer pour changer » par fascination béate de la technique!

  • 3
    JAHaury says:

    Il semble devenu évident que tout ce qui vise à « faciliter » est bon à prendre. Et en particulier l’exercice du droit de vote. Je pense au contraire que certains biens de haute valeur ne doivent être accessibles qu’au terme d’un certain effort personnel. Ainsi du droit de vote, qui est un bien de haute valeur, dont beaucoup donnent leur vie pour l’obtenir. Il me paraît donc essentiel que l’exercice du droit de vote ne puisse être confondu avec des consultations de tout ordre, ni avec des sondages ou des concours commerciaux. Je partage donc votre avis contre le recours à Internet pour l’exercice du droit de vote. Mais je pense, dans le même sens, que la signature d’un référendum ou d’une initiative ne doit pas se faire par Internet : la récolte de signatures constitue un des éléments de la vitalité démocratique qui doit demeurer une forme de conquête. En revanche, pour une pétition, Internet me paraît tout-à-fait opportun, sachant que la pétition n’a qu’une valeur consultative.

    Là où notre constitution apporte au peuple un droit décisionnel, recourir à Internet comme outil de facilité serait certainement la plus sûre manière d’épuiser les droits démocratiques.

  • 4
    Matif says:

    Pour en savoir plus sur le vote par internet et choisir votre mode de vote en toute connaissance, lire cette étude d’un chercheur d’un laboratoire CNRS d’informatique « Analyse des vulnérabilités de trois modes de vote à distance », Legalis.net, pp.13-31, #3, septembre 2008.
    http://www.sciences.univ-nantes.fr/info/perso/permanents/enguehard/perso/Enguehard_Legalis2008.pdf

  • 5
    Charlotte Robert says:

    Eh bien moi j’aimerais bien pouvoir voter électroniquement. Je suis un cas isolé parce que je voyage beaucoup. Voter par correspondance devient un parcours de combattant politique. Mon matériel de vote pour le 8 février est arrivé chez une amie (qui reçoit mon courrier). Elle l’a envoyé à l’Ambassade suisse au Costa Rica. Là, j’ai dû les persuader d’accepter et de m’avertir quand le courrier arrive. Je suis allée à l’Ambassade – à l’autre bout de la ville – pour voter, remettre le tout dans une autre enveloppe au nom de mon amie et prier l’Ambassade d’avoir l’obligeance d’envoyer cette enveloppe par courrier diplomatique. Quand mon amie l’a reçue, elle l’a ouverte et a envoyé le contenu – l’enveloppe de vote dûment signée par moi et contenant mon bulletin – à la commune. Voilà la marche à suivre.

    Vive le vote électronique!

  • 6
    notsoft says:

    Avec plus de 7 votants sur 10, la convivialité et le modernisme a gagné haut la main. Plus besoin de trouver du temps pour aller à la boîte aux lettres communale ou de perdre 0.85cts pour affranchir son enveloppe (une opération d’ailleurs très démocratique …). Je suis sûr qu’à terme ce type de vote permettra d’augmenter le taux de participation et facilitera la vie à certain (ex: les étrangers).
    Quant aux craintes évoquées en terme de sécurité, à chaque époque ces risques … mesurés. Etant responsable informatique dans une grande société suisse, ancien développeur et très bien informé en terme de sécurité, j’ai beaucoup souri en lisant le travail très académique de Chantal Enguehard du CNRS, qui manque un peu « de bouteille »… Aucun système n’est certes parfait, mais avec un peu de technologie bien réfléchie et de bonne volonté politique sur le plan national, on pourrait à un coût raisonnable mettre en place un système fiable, mais qui ne remplacera jamais nos bureaux de vote que j’apprécierai toujours.

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Les commentaires sont fermés.

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