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Statues et masques africains au Musée d’ethnographie de Genève

Réflexions autour d’une exposition à voir jusqu’au 30 décembre 2009

icone auteur icone calendrier 3 janvier 2009 icone PDF DP 

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Selon le catalogue, placer une exposition de statues et de masques africains sous le signe de Persée et de la Méduse ne vise pas à comparer des mythes et des iconographies grecs et africains; ni à rechercher une origine africaine à la reine des gorgones. S’inspirant d’une citation de l’anthropologue David Napier, le titre Medusa en Afrique veut être un «arrière-plan à une réflexion sur l’usage social de la sculpture africaine, tant dans son contexte d’origine (…) que dans nos musées (…)». Cette réflexion utilise les idées et le vocabulaire du psychanalyste Carl Gustav Jung pour dérouler un discours universaliste: «Les archétypes, que l’on découvre dans la comparaison des représentations collectives, sont des facteurs de l’expérience»; facteurs que, toujours d’après le catalogue, on peut dès lors envisager non plus comme des particularités, mais comme des phénomènes fondamentaux. On ne compare pas, mais on compare quand même.

Ce motif est-il justifié ou n’a-t-on affaire qu’à un avatar eurocentriste? Laissons aux visiteurs le soin de répondre après un parcours obligé (il faut suivre une ligne rouge) dans une exposition remarquable, dont le sous-titre La sculpture de l’enchantement est aussi évocateur que le titre principal, sinon plus.

L’exposition montre un grand nombre de sculptures anthropomorphiques, masculines et féminines, magnifiques, en bois souvent poli, parfois sobrement polychromes. On ne sait si elles veulent s’éloigner ou se rapprocher de la condition humaine, ni quelle volonté de déformation ou de réformation de celle-ci et de la société les habite?

Sont présentés également de nombreux masques en bois, eux aussi merveilleux, sobres et sévères, anthropomorphes, quelquefois zoomorphes. On ignore aussi s’ils servent à cacher ou à désigner leurs porteurs, notamment lors de rituels religieux et/ou civils. Le pouvoir n’est souvent jamais très éloigné du religieux.

Cette exposition montre aussi, à côté des statues et des masques – la majorité des pièces exposées –, des sceptres, un tambour, un bouclier et bien d’autres objets. Le tout provient de la partie centrale de l’Afrique, d’ouest en est, date du début du vingtième siècle et sort des collections exceptionnelles et fournies du Musée. Une accumulation due à des acquisitions et à des recherches bien orientées, mais aussi à des donations cohérentes, telles celles du peintre Emile Chambon.

Au terme de  la visite, une remarque et deux questions.

L’exposition est organisée dans des salles obscures. Seuls les objets présentés dans de grandes vitrines sont éclairés; une mise en scène «train fantôme», qui vise sans doute à accentuer le caractère mystérieux des statues et des masques, mais qui toutefois est un peu trop poussée.

La première question relève d’un débat permanent: est-ce de l’art? Au-delà de la tentative de Pablo Picasso et de ses amis, subjugués par des objets semblables à ceux qui sont exposés, de construire un art africain qui n’a jamais existé, il est possible de répondre par une citation de Théodore Adorno: «La définition de l’art est toujours donnée à l’avance par ce qu’il fut autrefois, mais n’est légitimée que par ce qu’il est devenu, ouvert à ce qu’il veut être et pourra peut-être devenir.»

La seconde question, elle aussi, perpétue une interrogation: faut-il rendre à leurs pays d’origine, d’où elles ont été extraites durant la longue période de colonisation, les magnifiques pièces exposées? Beaucoup d’Africains et d’Européens estiment que c’est nécessaire. Les deux cultures doivent négocier afin que ces objets soient vus par le plus grand nombre.

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