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La magie de la vie au repos

C’est à voir jusqu’au 4 janvier au Kunstmuseum de Bâle

icone auteur icone calendrier 15 décembre 2008 icone PDF DP 

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Le Kunstmuseum de Bâle présente jusqu’au 4 janvier prochain une exposition intitulée Die Magie der Dinge. Stilllebenmalerei 1500-1800. En français La magie des choses. Natures mortes 1500-1800. A remarquer que Stillleben littéralement «Vie au repos» sonne plus juste, moins morbide que «Natures mortes».

Ce genre pictural s’installe au 16ème siècle aux Pays-Bas et en Allemagne, aux côtés du portrait et du paysage. Au tournant du dix-septième siècle, la ville impériale de Francfort sur le.Main et celle nouvellement fondée de Hanau sont les seules hors des Pays-Bas où l’on retrouve des peintres de natures mortes de talent. La contre-réforme menée par les catholiques espagnols dans les Flandres a incité les protestants à émigrer. De nombreux Hollandais ont trouvé refuge dans  ces deux villes et y ont constitué des communautés attractives avec foires, commerces et marché de l’art.

Les multiples déclinaisons des «natures mortes», pendant les trois siècles couverts par l’exposition, semblent se conformer à des règles strictes basées sur des techniques venues de l’Italie du Quattrocento: profondeur, volume, ombres et lumières, etc. permettant de rendre très fidèlement la réalité. Mais cette discipline est systématiquement transgressée. La réalité est surjouée ou plutôt surpeinte pour aboutir à une surréalité par des artistes voulant exprimer leurs virtuosités et leurs savoir-faire.

Cette distance avec le réel pour rendre sa déformation subtile et malicieuse prend plusieurs aspects qui touchent aux objets / sujets, au dessin ainsi qu’aux formes / couleurs.

Les natures mortes de bouquets, qui respectent quasi-toutes la règle du fond noir, sont composées souvent, par la volonté encyclopédique du peintre, de brassées de fleurs dont la floraison a lieu à différentes périodes de l’année.

Les «choses» choisies par l’artiste le sont aussi souvent pour leur signification symbolique, notamment érotique. Dans Küchenszene (1613), Jeremias van Winghe (1578-1645) peint les avances d’un homme à une servante; les objets remplissent un rôle aussi important que les figures. Ainsi voyait-on selon les historiens dans la carpe le symbole des parties génitales masculines et la présentation du poisson dans le plat en bois l’imminence de l’acte sexuel.

L’ordonnancement  des «choses» obéit à des mises en scène théâtrales. Dans certains cas, telles les œuvres de Georg Flegel (1566-1638) auquel une salle est consacrée, par exemple Früchte und tote Vögel, Mahlzeit mit Hechtkopf und Haselnüssen, Mahlzeit mit Brot und Zuckerwerk, une mise en scène fondée sur une géométrie stricte prend le dessus, renvoyant la nature au second plan au profit de l’illustration pétrifiée d’un cours de sciences naturelles.

Dans ces tableaux comme dans tous les autres, s’imposent non seulement la mise en scène qui doit tout au dessin, mais également les relations entre les formes des «choses»: la forme appelle telle couleur et elle est déformée au besoin car la couleur réclame telle forme. En ce sens, la facture des viandes, poissons, fruits, légumes, ainsi que des verres à pied en cristal, plus transparents que nature, est remarquable: Jan Jansz. von der Velde III. (1620-1662) Weinglas und angeschnittene Zitrone (1649); Abraham van Beyeren (1620/21-1690) Tote Fische.

Il faut enfin relever que les natures mortes ne le sont jamais tout à fait, car presque partout le vivant est présent dans les compositions sous la forme d’insectes, d’oiseaux en promenade sur les fruits, légumes, viandes, tables, etc. ou de chien et de chat aux aguets, voire d’écureuil. Jan Fyt (1611-1661) Jagdhund und Tote Vögel (1647); Cornelis de Heim (1631-1695) Gemüse und Früchte vor einer Gartenbalustrade.

Toutes les grammaires du genre sont exposées, la nature morte de la chasse appréciée par les aristocrates de la Flandre féodale qui seuls possédaient le droit de chasser le gros gibier et privilégiée par certains historiens de l’art courtisans; les tableaux avec cartouche où parfois le foisonnement du décor ne laisse que peu de place à l’objet/sujet central; la nature morte des tables d’apparat, notamment des banquets monochromes, peintures de repas quotidiens avec une palette restreinte; la nature morte dans l’académisme du dix-huitième siècle, etc.

Une mention à part pour la nature morte genre Vanitas, dont l’accessoire favori est le crâne humain, qui doit exprimer la fugacité et la futilité des «choses» terrestres. Elle vise aussi à rappeler au spectateur que le temps n’est pas réversible: Johann Stum (1640/50 – ?) Stillleben mit Totenschädel, Kerzenleuchter und Münzen.

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